Aujourd'hui, ce ne fut pas la faim qui me tiraillait depuis des jours qui m'éveilla, mais une brise glaciale. Elle s'était glissée sous mes vêtements déchirés et avait mordu ma peau si pâle avec violence. Je n'osais bouger, alors que j'observais quelques flocons de neige tomber délicatement sur le bitume et les ordures. Sur un monde qui n'avait que trop changé : il souffrait. Les humains étaient tellement préoccupés à parfaire leur technologie qu'ils en oubliaient ces centaines de gens qui vivaient dans leurs immondices, qui mourraient jour après jour de faim ou de froid. Que ce soit dans les pays du Sud ou dans ceux du Nord...
J'étais las. Une nouvelle journée à trembler dans le froid, à trembler de peur. J'étais seul, et je n'avais plus personne pour m'épauler, plus personne pour me guider face à ce monde tellement hostile. Mes parents étaient morts il y a des années. Ils avaient été tués comme tant d'autres, parce qu'ils étaient
différents. Et je le suis aussi. D'après
eux, nous sommes
malades et dangereux. Nous n'avons plus d'âme, nous ne sommes que des bêtes, ou bien une
race inférieure qui ne mérite guère de respect ou de soins.
A l'inverse, d'après certaines personnes qui me ressemblent, nous sommes une race supérieure, et d'autres vouent leur existence à dire que nous sommes tout simplement comme eux. Je pense qu'il n'y a pas que du faux... Seulement, nous avons
évolués.
En réalité, ces humains ont peur de la réalité, ont peur que nous nous révoltions, que le fruit de leur folie les dépasse et soit hors de contrôle. Leur folie : nous,
les mutants. Nous ne sommes à leur yeux que des anomalies génétiques, des bêtes de foires, ni plus, ni moins.
Rappelez vous qu'ils ont peur de la réalité.
Et malheureusement pour nous, nous sommes cette réalité.
Chaque soir, je devais me cacher, changer de ruelle, prier pour trouver de quoi me nourrir, ou bien espérer que je ne croise pas la route d'un
Raffleur. Ces forces de l'ordre qui n'ont été créé que pour nous traquer, nous tuer, ou bien de ne ramenez Dieu seul sait où.
Je détestais voir ces mères tenir leurs enfants par la main et leur dire de ne pas me regarder, de ne pas m'approcher, que j'étais monstrueux, lorsqu'ils me voyaient. Ou bien encore de leur remonter leur écharpe pour qu'ils n'attrapent pas froid. C'était à cause des mœurs de ces gens que j'avais perdu mes parents, qu'il y avait un
vide profond à l'intérieur de moi.
Je détestais ces hommes trop pressés et égoïstes qui pressaient le pas, lorsqu'ils croisaient mon chemin. Ces hommes qui auraient put être comme moi, mais qui fermaient les yeux, ignorant cette vérité : la
cruauté de leur gouvernement.
Je détestais davantage ceux qui étaient comme moi, et qui me dénonçaient ici et là, en pensant qu'ils pourraient intégrer ce monde. Je n'avais plus ma place ici, comme tant d'autres. Il n'y avait plus d'espoir.
Je n'avais pas assez de force et de courage pour fermer les yeux et oublier, me dire que tout ira bien... Mes larmes étaient tel un acide : elles me brûlaient les yeux, alors que je me sentais terriblement seul. A quoi bon ?
Soudainement, je me tus, lorsque j'entendis un bruit.
Des bruits de pas.Par pur réflexe, je venais à me cacher un peu plus encore, retenant ma respiration. Pourtant, un homme grand et imposant apparut. Il me regardait ! Une vague de
panique me dévora, tandis que je regardais cette main se lever. Me frapper ? Il n'y avait donc que ça que mon état lui inspirait !!?
... Mais pourtant, ce fut un morceau de pain qu'il me tendit. J'étais méfiant. Jamais un humain ne m'avait donné quoi que ce soit, à part douleur, peur et tristesse.
Je restais médusé, alors que j'avalais ses mots comme le plus succulent des desserts au monde :
« N'aie pas peur... Je ne suis pas ici pour te faire du mal. Bien au contraire. Je veux t'aider. Tiens, prend... Manges, tu dois avoir faim. Je veux te conduire dans un endroit où tu trouveras enfin ta place. C'est une école, où il se trouve des centaines de personnes comme toi. Tu y seras logé, nourris. Tu n'auras plus faim, plus froid, tu n'auras plus à voler pour tout ça. Tu ne seras plus seul, tu seras protégé... Nous serrons ton semblant de famille ... » Je n'arrivais pas à croire ce que j'entendais. Étais-je en train d'halluciner ? Non ! J'étais en train de rêver éveillé ! Je ne sais pas où j'ai pu trouver cette confiance étrange, pourtant je suivis cet homme... Ce fut sûrement ce regard
rassurant et fier qu'il m'avait adressé qui m'emplissait d'une joie étrange et pour la première fois depuis longtemps, d'un sentiment d'allégresse.
Je l'avais suivis. Je découvrais un monde que je n'avais jamais vu. Ce fut la première fois que je montais dans un avion, et j'apprenais que nous allions en Australie. Je n'avais pas le moindre idée de l'endroit où ça se trouvait...
Et quelle ne fut pas ma surprise de devoir grimper dans une grande bulle de métal ... Un « sous-marin » apparemment, c'est comme ça qu'il l'avait appelé. Je n'étais pas seul. Il y avait des dizaines d'autres personnes comme moi, qui appréhendaient tous, regardant nerveusement autour d'eux, incertains. Et pourtant, pour la première fois de notre vie, nous sourions.
Bientôt, je découvrais
Atlantis, cette cité au fond de l'océan. C'était tout simplement
magnifique. C'était immense et tellement confortable ! Je partageais une chambre avec d'autres mutants, j'avais un lit ! Chaque jour je pouvais manger à ma faim, et aller m'instruire, ou bien courir dehors, comme bon me semblait ! Les règles qui étaient imposées à cette école étaient peut-être sévères, mais après avoir vécu toute une vie dans le froid et la peur... Ce n'était rien.
J'étais heureux. Je ne m'étais jamais sentis aussi bien, à ma place...
* * *
« Laissez-moi sortir ! Laissez-moi partir ! Espèces de monstres !! Je ne suis pas fou ! Je sais ce que j'ai vu ! Je sais ce que vous faites ! Ce n'est pas une école ! Ne me touchez pas ! » J'avais beau me débattre, ce fut encore une injection de calmant qui vint m'assommer.
Cela faisait à présent neuf ans que j'étais ici. Et j'ai quelque chose à vous dire... Atlantis n'est pas une école. Mais une prison, un énorme laboratoire. Nous ne sommes que des cobayes, des sujets d'études. Ils veulent pouvoir guérir leurs humains avec nos gênes, notre sang. Ils sont monstrueux...
Je n'aurais jamais dû suivre cet homme.
Invité, Bienvenue à Fake Pearl, l'école pour mutants.
Ici, vous apprendrez à contrôler vos pouvoirs, vous réapprendrez le goût de la vie, dans une communauté qui vous ressemble et vous entoure, loin du cauchemar terrestre.
Mais une fois les bras de Morphée rejoint, votre paradis disparaitra. Entre les mains des plus grands scientifiques du monde, vous perdrez votre identité, vous ne serez plus personne, juste des cobayes.
Et vous ne le saurez jamais.
Avez vous bien dormis cette nuit ?