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 [Intrigue] Conseiller vestimentaire, bonjour !

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Oh ! This is Fausto Etxeberri
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MessageSujet: [Intrigue] Conseiller vestimentaire, bonjour !   Dim 5 Fév - 19:45

Une soirée, ça c'était une bonne nouvelle ! Enfin un peu de changement dans ce bocal à mutants, ce n'était pas trop tôt ! Cela faisait quelques mois que Fausto était arrivé, et pour dire vrai, son vieux démon l'avait rattrapé : l'ennui. Alors, cette nouvelle l'avait un peu revigoré, même si quelques mentions l'avaient agacé : alcool prohibé. Pfff, dur dur d'avoir l'impression de retourner au collège... Oui car pour Fausto, depuis le collège, sa vie était rock'n'roll, pas de contraintes, quelles qu'elles soient. Alors voir ses libertés ainsi diminuées.... C'était un peu frustrant. Cette soirée lui offrirait un bon moyen de se changer les idées, de draguer.... D'ailleurs, pour cela, peut-être devrait-il aller faire des emplettes. Histoire d'être un peu raccord avec l'ambiance de ce genre de fêtes. Et puis pour mettre toutes les chances de son côté face à un beau mutant, hein.

C'était donc poussé par ces louables intentions d'homme célibataire que le grand brun était venu se perdre dans l’effervescence des magasins à la veille des fêtes. Non, parce que franchement, il se sentait un peu, comment dire, dépasser par cette euphorie un peu stupide, et cette foule. Vraiment, il aurait préféré faire une bonne vieille bataille de boules de neige. Mais la faim nécessite les moyens. Et puis, ce serait encore pire s'il attendait le dernier moment.

Il s'enfonça donc dans les méandre d'un magasin de textile. Franchement, il avait vu plus fun. Et puis, le regard méprisant de la vendeuse à l'entrée l'avait comment dire un peu exaspéré. Quoi ? Quand on est zappé comme un rebelle, on a pas le droit d'acheter des fringues classes ? C'est ça ? Bon sang, il lui ferait bien une sale blague à cette pimbêche, mais il n'était pas là pour ça. Bref.

Son regard améthyste parcourut les rayons. Rien de franchement intéressant, rien de franchement original ne lui sauta aux yeux. Bon, ben il faudrait mettre au point une stratégie pour rendre toutes ces fripes attirantes sur lui. Déjà, il fallait une couleur, ou un motif un peu cool. Il piocha un magnifique pantalon... orange et vert. Mon dieu, sauvez mes yeux ! Pff, trop de mauvais goût tue. Fausto se réfugia donc sur un fauteuil en face des cabines d'essayage pour méditer sur les conceptions de certains créateurs sur l'harmonie colorée.

Et puis franchement, c'était drôle d'observer tous ces gens à la recherche d'un vêtement qui les ferait passer du statut de laideron à celui d'Adonis ou d'Aphrodite. L'espoir fait vivre. Mais le plus drôle, c'était de commenter les sorties de cabines d'essayage. Oui, il allait passer pour un pervers, et alors ?


« Pamela, oui toi, là, Pamela, cette robe est à toi, ce que la ficelle est à un rôti ! »lâcha-t-il avec son rire typique approchant de l'aboiement.

Regard outrée, la demoiselle partit se changer. Mais n'empêche qu'elle ne prit pas la robe. Ahahaha, il était vraiment un beau salop*rd, mais il aimait ça. Surtout face à des filles aussi superficielles. Parce qu'il fallait voir la couche de maquillage sur la tronche de la Pamela. Bref. C'était fichtrement amusant en fait de faire des emplettes. Une autre personne sortie des cabines. Un garçon. Plutôt bien consommable. Mais bon sang.

« Hey ! Toi ! Oui, toi le beau gosse ! Franchement, t'as pas l'impression d'être un pingouin dans ces fringues... Tu vas faire fuir les prétendantes avec un look aussi ringard. »lâcha-t-il avec un sourire moqueur.

Affalé dans un fauteuil, jambes nonchalamment croisées, son pied trônant sur un de ses genou. Oui, Fausto avait tout du conn*rd de base, la classe en plus. Mais il risquait d'énerver le super guerrier qu'il ne pensait pas avoir face à lui.
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Conseiller vestimentaire, bonjour !   Lun 6 Fév - 15:08

L’enthousiasme de William pour toute cette affaire de bal, et les conséquences sérieuses qu’elle avait déjà, était rapidement retombé. Comme à son habitude, il s’était emballé dans l’énergie du moment, il s’était laissé porté par le mouvement, et maintenant il avait l’impression de s’être fourré dans une situation inextricable et d’avoir pris des engagements qui mettaient gravement sa liberté en péril.

La petite phrase d’Anoki n’avait pas été pour rien dans la naissance de ces nouvelles réticences. Son petit ami allait surveiller ses fréquentations. Le contrôler. Sans doute sans penser à mal. Comme un signe d’affection. Mais des signes d’affection de ce genre, William s’en passait fort bien. Sa liberté, sa chère liberté, son indépendance aux lois et à la morale, tel était son bien le plus cher, sa seule et véritable boussole.

Il s’était d’abord senti coupable : coupable de trouver dans la phrase de son petit ami une menace, inconsciente, involontaire certes, mais une menace tout de même. Coupable, en se comparant avec les autres jeunes hommes, en songeant à ce que devait être une relation normale, de se sentir incapable de faire comme tout le monde. Coupable de se découvrir par avance inévitablement en dessous des espérances de son compagnon.

Donc, il avait réfléchi. Il avait cherché en lui-même des forces, des résolutions, une conviction suffisante pour rentrer dans le rang, être le petit ami idéal, sage quand il le fallait, passionné mais exclusif. Mais plus il y avait réfléchi, plus il avait senti son âme se rebeller contre cette perspective sinistre, asséchante même et alors il avait acquis la conviction que forcer sa propre nature ne le mènerait jamais à rien de bon.

Seulement, voilà : il ne se voyait pas du tout expliquer ces choses à Anoki. Avec un autre garçon, sans doute, c’eût été plus facile. Mais l’Indien avait tant été bousculé par l’existence que William aurait l’impression de lui infliger le coup de grâce. Cependant, il ne pouvait pas lui mentir — il en était parfaitement incapable. Ainsi n’avait-il pas pris de décision définitive, rien de plus concret que : voir venir.

En attendant, il fallait songer à s’habiller pour le bal. Il n’avait plus guère envie de s’y rendre, mais rendez-vous était pris et il fallait bien s’y résoudre. Une dernière inspection de sa garde-robe l’avait convaincu qu’il n’y trouverait rien de très adéquat. A contrecoeur, William s’était donc transporté dans un magasin de vêtements « comme il faut », dont l’atmosphère bourgeoise l’agressait comme un relent fétide.

Le jeune homme avait passé de longues minutes dans les rayons à regarder les costumes. Comment était-il censé pouvoir choisir ? Il n’avait jamais mis l’un de ces trucs de sa vie et tous lui paraissaient également inconfortables et guindés. Et les cravates. Etait-il supposé porter une cravate ? Il regardait les motifs avec un air désemparé. Finalement, par esprit de déduction, il choisit le costume qui ressemblait le plus aux autres costumes, estimant que ce devait être, statistiquement, le modèle standard, celui avec lequel il prendrait le moins de risque.

Direction, les salles de torture. Les cabines d’essayage. William regardait d’un œil éteint, comme une vache qu’on mène à l’abattoir, les autres clients sortir des cabines avec un air exalté. Pour eux, manifestement, les courses en vue du bal étaient un moment privilégié de l’année, une petite fête de la consommation. L’Américain avait définitivement l’impression de mener une expédition en terre inconnue.

Cabine. Pantalon : facile. Chemise : Facile. Veste : Facile. Cravate. Euh ? William retournait l’objet dans tous les sens, le passait à son cou, réussissait à lui donner l’aspect d’une corde de pendu, l’enlevait, l’examinait de plus près, cherchait désespérément un schéma explicatif et ponctuait ses investigations d’une série de jurons murmurés tout bas. Toutes ses tentatives étaient vaines.

Il se sentait exactement comme devant un boss trop difficile dans un jeu vidéo : frustré, énervé et vexé. Une inspiration profonde le calma quelque peu et, finalement, pour mieux observer le résultat, à son goût déjà catastrophique, de son accoutrement, il sortit de la cabine et s’avança dans l’allée centrale, la cravate à la main, devant le large miroir.

Les quelques pas nécessaires pour se frayer un chemin entre les autres clients furent suffisants pour éveiller en lui des envies de meurtre. Comment pouvait-on décemment s’estimer satisfaits de vêtements aussi ridicules, aussi austères ? Ces jeunes gens n’avaient-ils donc aucun rêve, aucune espérance révolutionnaire, aucun désir autre que celui de marcher dans les pas de leurs papas en costumes et de leurs mamans en tailleurs ?

Bref, l’affaire était en train de prendre pour William des proportions idéologiques quand il entendit une voix étrangère traduire très exactement son propre jugement, alors qu’il s’observait dans le miroir d’un air affligé. L’Américain tourna aussitôt les yeux vers le jeune homme qui venait de parler et laissa un sourire soulagé monter sur son visage : il y avait donc encore dans ce magasin une personne saine d’esprit.


« Non mais trop. C’machin, c’doit être le truc le moins cool depuis les pantalons à franges. »

Fausto conserverait donc pour l’heure la totalité de ses dents et l’intégrité de ses fémurs : loin d’être énervé, William était content de trouver un allié devant ce qui lui semblait, à lui, être le comble du mauvais goût. Le jeune homme agita sa cravate devant lui.

« J’sais même pas comment j’suis censé attacher ça. Attends, j’reviens. »

Comme à son habitude, William avait débité ses paroles avec une énergie incroyable, sans laisser à son interlocuteur le temps de placer un mot et, à peine avait-il fini de parler, qu’il avait déjà disparu au milieu des autres clients pour rejoindre sa cabine. Quelques secondes plus tard, il revenait dans son accoutrement habituel : un jean qui était un homme à ses fesses, un tee-shirt près du corps et un blouson.

Plus à l’aise de la sorte, il avait perdu son air contrarié et retrouvé l’assurance inébranlable et joyeuse qui était ordinairement la sienne.


« Dis, tu connaîtrais pas un autre magasin ? Un truc un peu plus… Un peu moins… J’sais pas. »

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MessageSujet: Re: [Intrigue] Conseiller vestimentaire, bonjour !   Lun 6 Fév - 22:54

Le motard s'attendait à une réaction outré du beau gosse. Parce que franchement, il fallait bien avouer qu'il n'y avait pas mis les pincettes à sa critique. Mais au lieu de cela, il se retrouvait à avoir un sourire de soulagement. Whao ! Il se passe quoi là ? Ce type était tout sauf normal. Parce que franchement, des gens qui acceptent si bien la critique, ça ne court pas les rues. Ou alors, cela le gonflait aussi de faire des emplettes pour le bal. N'empêche que ce gamin, oui, toute personne plus jeune était que lui était un gamin, lui arracha un rire. Un peu étonné. Mais sacrément heureux aussi. Parce qu'un peu de surprise, cela lui changeait les idées. Cela faisait naître un nouveau divertissement. Il eut un haussement de sourcil amusé, et un sourire franchement étiré. Gamin, j't'aime bien.

« La cravate ne sert qu'à se pendre quand on est dépressif. Je te le certifie. »lâcha-t-il devant l'agitation du petit bout de tissu récalcitrant.

Il était certain qu'à présent, ces trucs ne pouvait servir qu'à cela. Clairement, c'était démodé ! Même ce psychorigide de Feulwood, psychiatre de mes deux n'en mettait plus, c'était pour dire ! Mais en fait, il s'aperçut après coup que son interlocuteur n'avait sans doute pas entendu sa réponse. Et il réalisa le « Je reviens. ». Hein ? Mais non, mais, il comptait pas bouger lui, il était bien là à critiquer les Brandon et les Pamela ! Enfin si ça se trouve, le gamin ne reviendrai pas.

Regard vers une fille habillée en bleu qui se mire. Elle lui dédie un sourire méprisant.


« Le bleu te va aussi bien que moi les tutus ! » lâcha-t-il avec un sourire très marqué.

Elle s'approche de lui avec un air énervé. Sans doute bien décidée à faire un esclandre. Le jeune insolent lui ne bougeait pas de son fauteuil. Il ne craignait rien d'une fille comme elle. Au pire une claque, s'il ne se téléportait pas assez vite. Mais de toute façon, son précédent interlocuteur était revenu, et s'intercala entre eux. Sans doute pas conscient de ce qui s'était passé au cours de ces quelques secondes d'absence. Fausto trouva la transformation assez plaisante, surtout pour ce qui était du pantalon. Il avait un potentiel au niveau du fessier, assez incomparable ce gamin.

Le français se redressa donc dans toute sa hauteur, dépassant l'autre garçon d'une petite dizaine de centimètres, ses chaussures aidant. Bizarrement, en le voyant debout, la demoiselle arrêta d'avancer, et eut un regard un peu plus poli.


« Excusez moi, mademoiselle, mais, je ne puis m'attarder en votre présence, j'ai à faire avec des gens de bon goût et de beauté véritable. Bon courage pour t'arranger, pauvre garce. »dit-il par dessus l'épaule de ce gamin, lui le balafré, charismatique à souhait sans sa beauté superficielle.

Il saisit ensuite le gosse par les épaules avec délicatesse et l'entraîna avec lui vers la sortie. Il faisait tout pour qu'on puisse croire qu'il avait ce charmant jeune dans son lit au détriment de la gente féminine. Et plus particulièrement, de cette demoiselle.


« Pour sûr, mon ange, je connais un autre magasin. »répondit-il d'un ton faussement amoureux en entraînant son compatriote de même sexe.

Il marcha en lui tenant encore les épaules sur quelques pas après la sortie de la boutique, mais le lâcha dès qu'ils furent hors de vue. Loin de lui l'idée de profiter de ce corps fort appétissant. Ses mains retournèrent dans son cou, se croisant derrière sa tête avec flegme.


« Pardon pour la familiarité, mais j'avais envie de moucher cette pimbêche. Et pour le magasin, à dire vrai, en six mois que je suis ici, je n'avais jamais mis les pieds dans aucun. »avoua-t-il avec amusement.

Mais ne rebroussant pas pour autant chemin, il s’engagea dans un magasin qui semblait un peu plus jeune dans ses créations. Il se ferait un plaisir de conseiller le gamin... Histoire qu'il ne fasse pas injure à son joli postérieur.
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Conseiller vestimentaire, bonjour !   Mar 7 Fév - 20:52

William laissa son regard passer alternativement de sa toute nouvelle connaissance dont il ignorait le nom à une jeune fille qui ne lui était guère plus familière. Le jeune homme avait la naïve habitude de supposer que tout le monde avait aussi bon caractère que lui et il était loin de soupçonner, pour l’heure, que Fausto avait poussé à bout la patience de la demoiselle.

Mais la suite lui prouva qu’il avait tort : sans mot dire, William observa la situation, écouta les répliques peu amènes de Fausto et se laissa conduire vers la sortie. De toute façon, il était beaucoup trop occupé à domestiquer son pouvoir et ne pas briser les deux rotules du jeune homme qui l’avait imprudemment touché sans prévenir pour faire des commentaires sur les événements.

Cet effort de contrôle suffisait presque à ne pas lui faire perdre les moyens en entendant le ton entreprenant de son camarade. Car s’il y avait bien une chose à laquelle William n’avait jamais pu s’habituer, c’était à être courtisé par qui que ce fût — ce qui arrivait pourtant assez souvent. C’était son rôle à lui, d’être entreprenant, assuré, héroïque, et, d’une certaine façon, masculin. Et il n’était pas très à l’aise quand on empiétait sur son territoire.

Peu importait. Du calme, avant toute chose. Ne pas écouter son corps qui n’avait qu’une envie : attraper un cintre, crever les yeux de Fausto, en expédiant un coup de coude dans le ventre, pour se retourner et l’achever d’un uppercut. Ce n’était pas bien. Pas très sociable. De la pondération. Tout allait bien se passer. Pas de sang, pas de cri, pas d’os brisé.

En sentant les mains de son camarade quitter ses épaules, William ne put donc s’empêcher de laisser échapper un soupir de soulagement. Mais son esprit, une fois libéré de ce poids, se mit à réfléchir sur ce qui venait de se passer, sur le comportement de Fausto, sur ses gestes, le ton de sa voix, et William fut immédiatement emporté par une tornade d’impressions contradictoires, où se mêlaient une certaine timidité, la sensation d’être flatté, un intérêt point très innocent et déjà un zeste de culpabilité.

Alors, désemparé, l’Américain ne répondit rien à la remarque sur la pimbêche, se contentant de détourner les yeux pour regarder, un peu plus loin, le sol de la galerie.


« Ah. »

C’était tout ce qu’il était parvenu à articuler, les mains enfoncées dans les poches de son jean et l’air terriblement gêné. Il ne savait pas du tout comment se comporter. D’ordinaire, il allait vers les garçons, leur servait de grands sourires, quelques compliments, voyait si l’affaire se faisait et, dans le cas contraire, passait sagement son chemin. Mais de l’autre côté de la situation, il ne savait pas trop quels étaient les usages.

Et puis, il ne savait pas trop s’il y avait un autre côté de la situation. Fausto semblait soudainement aussi peu concerné qu’il s’était montré auparavant enjôleur et William n’était pas loin de supposer que son corps s’était emballé pour rien, comme il le faisait si souvent. Naturellement, cette pensée ranima sa culpabilité : s’il tirait des plans sur la comète à partir de détails, comment pourrait-il jamais être le sage petit ami qu’Anoki désirait sans doute ?

Bref, cette sortie shopping était un enfer plus désagréable encore que ce que William avait supposé et ce fut en trainant des pieds qu’il emboîta le pas à Fausto, disparu déjà dans un nouveau magasin. Le jeune homme passait dans les rayons sans prêter une grande attention aux vêtements, trop absorbé par ses pensées auto-flagellatrices. Machinalement, il s’était avancé vers les rayons des costumes.

Il leva les yeux et poussa un nouveau soupir, avant de constater, d’un air résigné :


« C’est naze. »

Sans quitter les costumes des yeux, et avec un air de reproche, comme si les vestes, les chemises et les pantalons étaient les responsables de ce qui lui arrivait, ses ennemis intimes, il poursuivit :

« Pourquoi est-ce qu’il faut aller au bal ? Pourquoi on peut pas tranquillement faire la fête sans s’habiller comme des bourgeois ? Toujours faire tout le temps comme les autres. Se marier, acheter un pavillon, avoir un chien. Super. La Saint-Valentin. Les chocolats. »

Manifestement, son problème dépassait de très loin la contrariété éveillée en lui par les nœuds de cravate. Cette séance de shopping à peine commencée, il sentait peser plus lourdement encore sur lui le poids des conventions, le joug de la normalité, la monotonie de la morale, qui l’avaient obsédé ces derniers jours, et son envie de s’enfuir en courant le reprit soudainement.

Sans attendre de réponse de son interlocuteur — et d’ailleurs il n’était pas certain qu’il n’eût pas complètement oublié la présence de Fausto — et parce que William contrarié n’en demeurait pas moins une batterie surchargée, le jeune homme attrapa quelques articles au hasard, sans se rendre compte qu’il n’avait pris que des pantalons et se faufila vers les cabines d’essayage.

Les clients avaient beau être nombreux, le jeune homme paraissait guidé par une sorte de sixième sens qui lui permettait d’éviter toujours le moindre contact avec autrui, et il se faufilait avec une souplesse et une agilité discrètes, mais terriblement efficaces. Une fois dans sa cabine, il accrocha les articles au porte-manteau et inspira profondément.

Du calme, William, du calme.

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MessageSujet: Re: [Intrigue] Conseiller vestimentaire, bonjour !   Mer 8 Fév - 22:03

Le gamin était gêné ? A cause de cette blague ? Oh, le pauvre bichon ! Décidément, il était vraiment marrant ce petit. Il avait cet air qui rend complètement stupide à côté, qui donne envie de faire « gouzigouzigou ! T'es trop choupinou tu sais ! ». Mais Fausto n'irait pas jusque là, il se contenta d'un sourire amusé. Et n'ajouta rien. Il avait beau être sociable, il n'était pas non plus bavard comme une pie. Et puis, il fallait aussi avouer qu'il se demandait ce que le gosse avait pu s'inventer pour avoir cette faible réponse gênée. Il avait réellement cru qu'un vieux comme lui l'aurait dragué avec si peu de tact ? Voyons, il savait un minimum y mettre les formes quand il draguait. Mais c'était flatteur, si c'était ce cas là... Haha, la jeunesse, je vous jure.

Bref, nouveau magasin. Ce n'était pas forcément mieux. Enfin, si on regardait juste là où les articles « spécial soirée » avait été regroupé. Plus conventionnel que cela tu meurs. Y'avait de quoi se tirer une balle. Pourtant, le gamin sembla se dirigeait directement dans ce guet-appens du conformisme. Il le suivit avec nonchalance. Regardant ses gestes agacés. Acquiescement à sa remarque sur la désuétude de ces vêtements. Après, il fut surpris par son envolée lyrique contre tout cela. Même si au final, c'était plutôt justifié. Ce gamin devait avoir de gros soucis avec la société. C'était intriguant. Il regarda avec un œil à demi blasé, à demi rieur ses choix d'articles pressés. Que de choses pathétiquement importables ! Et surtout, que de pantalons ! Et fila tel une furie vers les cabines. Ce gamin était totalement imprévisible. Il repéra rapidement la cabine dans laquelle il était entré, puis observa l'ensemble du magasin avec un regard propre aux grands stratèges. Ce regard qui dit : « Veni, vedi, vici, et fuck off les conventions pourries que vous voulez imposer pour cacher les jolis petits culs qui peuplent ce bocal ! ».

Il disparut de l'endroit où il était. Ré-aparassant avec un sourire entre deux personnes dans un autre rayon, avec un énorme sourire face à leur air surpris. Toujours aussi drôle de se téléporter dans une fourmilière. Deux. Trois. Quatre autres téléportation. Et en quelques secondes, il fut devant la cabine de William avec une tenue complète sous le bras. Il souffla quelques instant, remettant en place tout son système digestif, retrouvant ses esprits.
Il entrouvrit doucement le rideau qui fermait sa cabine, après un « ého » délicatement énoncé et y passa son bras chargé de vêtements : une chemise blanche assez sobre, légèrement cintrée, mais possédant un col Mao, chose assez inattendue, avec cela, un veston en simili soie, dans un rouge sang, possédant dans le dos quelques chaînettes, et un pantalon de ville noir, qui irait sans doute très bien à ses fesses. Loin des ignominies à coupe droite qu'il avait embarqué dans sa fuite rapide.


« Gamin, essaie plutôt ça, je crois que ça te correspond mieux. »dit-il avec un ton somme toute assez neutre, peut-être un peu fraternel.

Bizarrement, il se reconnaissait dans son refus. Dans son ras le bol. Lui-même n'était-il pas le pur contraire de ce qu'attend la société ? Un pur produit d'égoïsme, de banditisme, et de mutation. La lie de la société sans aucun doute, mais il le vivait presque bien.


« Tu sais, les gens n'ont pas forcément envie de te voir différent de ce que tu es. C'est sans doute même l'inverse de ce qu'ils pensent. Je sais pas ce qui te pousse à aller à ce bal que tu as l'air d’exécrer, mais si tu y vas pour une personne bien particulière, je pense qu'elle veut juste que tu sois toi-même. Alors, certes, il faut être bien habillé, mais je pense pas qu'elle veuille d'un pingouin comme cavalier... Alors qu'à la base elle pensait avoir invité un bel étalon. »

Le ton était détaché, mais, il y avait dans ces paroles comme de la tendresse ? Oui, une sorte d'affection, la protection d'un grand frère qui essaie de calmer les appréhensions du petit dernier. On était loin du ton faussement amoureux de quelques minutes auparavant.

« Tu me montres quand tu as enfilé ma sélection, hein ? J'veux voir si j'ai toujours aussi bon goût... »
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MessageSujet: Re: [Intrigue] Conseiller vestimentaire, bonjour !   Mar 21 Fév - 20:23

William observait d’un air parfaitement désoeuvré les multiples pantalons qui composaient sa sélection. Essayer une partie du costume sans avoir le reste sous la main ne faisait pas beaucoup sens et pourtant, il n’avait aucune envie d’abandonner le calme relatif de son refuge temporaire pour se jeter à nouveau dans la gueule du loup, au milieu de la foule pressante et adolescente, aux considérations irritantes, qui se pressait dans le magasin.

Son petit discours, loin de l’avoir soulagé, n’avait fait que présenter plus clairement à son esprit ses réticences et il se rendait compte à présent de combien le chemin qu’il avait pris depuis son arrivée à Atlantis différait de ses anciennes habitudes. S’il y avait certains changements, dans une existence, qui pouvaient s’avérer profitables, il était en toute bonne foi convaincu que ces modifications-ci n’étaient pas nécessairement les mieux venues.

Il prenait enfin conscience que ses antipathies instinctives, ses résistances d’adolescent, s’étaient assemblées, au fil des années, pour former l’ensemble cohérent d’une idéologie, d’une ébauche d’idéologie tout du moins, et qu’il avait acquis, grâce à sa maigre et jeune expérience, au fil de ses propres réflexions, de véritables convictions morales et politiques qu’il n’était pas prêt à brader pour la promesse d’un bonheur très hypothétique.

Tout cela bien sûr n’avait rien à voir avec Anoki et jamais dans l’esprit du jeune homme ces frustrations ne s’étaient cristallisées de telle sorte à rendre l’Indien responsable. William ne se reprochait qu’à lui-même des décisions qu’il interprétait comme des faiblesses de sa part, de lâches tentations de céder à un ordre social qui, pourtant, lui paraissait inapproprié, inique, injuste. Si la situation était devenue inextricable, c’était parce qu’il l’avait laissée s’envenimer.

Alors, ne devait-il pas simplement abandonner sa quête d’un costume et partir plutôt à la recherche d’Anoki, pour lui expliquer toutes ces choses, sa façon de penser, de concevoir le monde, au risque de le blesser et le décevoir peut-être, mais avec tout du moins le souci d’une authentique sincérité ? Sans doute était-ce la meilleure chose à faire. Seulement, William ne s’en sentait pas encore le courage.

Cette lucidité toute nouvelle, cette maturité de jeune adulte, il se sentait encore le besoin de l’apprivoiser, un besoin d’autant plus pressant qu’il comprenait intuitivement qu’il ne pouvait que blesser un peu plus Anoki s’il se présentait à lui avec des pensées encore confuses qu’il aurait du mal à formuler. Aussi impatient qu’il fût généralement, William prenait le parti du mûrissement.

Il en était là de ses réflexions, adossé à la cloison de la cabine d’essayage, les yeux machinalement fixés sur les pantalons, quand il entendit une voix de l’autre côté du rideau : un bras émergea, chargé d’une tenue plus cohérente sans doute et William s’empressa de débarrasser son bienfaiteur de ses fardeaux, pour pouvoir à son tour les observer plus à son aise.

Sans doute n’aurait-il pas choisi ce genre de choses de lui-même mais, à vrai dire, William n’était pas du genre à sélectionner dans une boutique quoi que ce fût qui se rapprochât d’une tenue un peu formelle, quand bien même cette tenue témoignait-elle d’une recherche d’inventivité ou d’originalité. Tout cela lui paraissait encore un peu strict, mais il était certain que les progrès étaient considérables et qu’entre ce qu’il avait pris un peu au hasard et cet ensemble composé avec plus de bon sens, les différences étaient considérables.

William se déshabilla et enfila les vêtements que Fausto avait choisis pour lui. Il ralentit en ajustant les boutons de la chemise, pour écouter le discours de son camarade plus âgé. Les choses, présentées de cette manière, étaient beaucoup plus simples et William ne doutait pas qu’il s’était ouvert clairement dès le début, elles l’eussent été en effet. Mais les erreurs et les demi-mots avaient compliqué la situation.

Néanmoins, les tentatives de Fausto étaient louables et, en cela, elles réconfortaient le jeune homme. William laissa quelques boutons ouverts au col de la chemise et s’observa quelques instants dans le miroir. Il se trouvait guindé — il était naturellement aussi charmant que possible. Ces vêtements, plus habillés que de coutume, moins prompts à révéler son physique athlétique, révélaient beaucoup plus la délicatesse de ses traits et lui offrait un air de fragilité saisissant.

Il arrangea machinalement sa coiffure de quelques gestes de la main et sortit finalement de la cabine, exhibant à Fausto le résultat des combinaisons vestimentaires, avec une timidité certaine, comme si le regard étranger de cet autre garçon sur son corps le mettait mal à l’aise — et c’était très certainement le cas, tant parce que William n’avait pas l’habitude de se mettre en avant dans ce genre de situations que parce qu’il ne se sentait pas familier de ces tenues.

Et pour dissiper tout éventuel silence qui eût pu s’installer à sa sortie de la cabine et qui n’eût fait que renforcer son malaise, William s’empressa de répondre aux propos que son camarade lui avait adressés à travers le rideau.


« C’est juste, tu vois… Mon p’tit copain… Enfin, j’suppose que c’est mon p’tit copain, j’sais pas, enfin, juste… On est pas vraiment pareils. On vient pas du même milieu. Et finalement, bon, je ne le connais pas tant que ça. Alors j’sais pas trop… Pas exactement ce qu’il attend de moi. Et disons que… »

Il promenait son regard un peu partout, cherchant ses mots, évitant celui de Fausto.

« D’habitude, j’suis pas trop… Pas trop relation classique, tu vois. Et c’pas seulement une question d’habitude. J’trouve aussi que c’est pas forcément la chose la plus préférable. La plus épanouissante. Mais j’voudrais pas… J’voudrais pas lui faire de la peine. Parce que c’est quelqu’un de bien. Mais en même temps, j’peux pas me forcer à être le gendre idéal alors que je le suis pas. »

Finalement, il haussa les épaules et esquissa un sourire un peu triste.

« Bon, bref, on s’en fout, t’es pas Docteur Love. Alors, du coup, elle va ou pas la tenue ? »

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MessageSujet: Re: [Intrigue] Conseiller vestimentaire, bonjour !   Mer 22 Fév - 20:47

Une fois son bras débarrassé des quelques vêtements, Fausto s'appuya sur le pan de mur qui séparait la cabine dans laquelle était William, de celle d'à côté. Son petit discours fait, il se contenta d'attendre. Il savait que c'était un peu tout fait ce qu'il racontait, mais au fond, c'était sans doute vrai. De son vécu en tous cas, ça l'était. Après, savoir les tenants et les aboutissants concrets du problème de William aurait aidé à répondre plus précisément et plus justement, mais c'était un début.

Son regard se porta ensuite sur les personnes en train de se mirer dans les miroirs face à lui... Il y en avait un qui faisait concurrence à son poulain... Un postérieur d'enfer. Franchement, tous ces jeunots autour de lui, c'était une torture pour le semblant de chasteté et de moralité qu'il aurait pu vouloir trouvé sur Atlantis. Heureusement que ce n'était pas tout à fait son souhait en venant là... Sinon sa conscience serait mise à rude, mais alors très rude épreuve.

Mais voir ce derrière si bien mis en valeur lui rappela que lui même devait chercher de quoi mettre en avant sa personne. Pff, autant sur les autres, cela peut-être amusant, mais sur soi, la barbe. Il détourna donc les yeux de son plaisant divertissement et observa tout ce qui était mis en avant. Il ne savait même pas ce qu'il voulait. Pas faire vieux con, certes, mais après... Et puis sincèrement, il aurait préféré gardé son cuir. C'était un peu sa seconde peau... Mais cela ne ferait vraiment pas bon effet dans un bal, même d'adolescents. Triste constat. Peut être un veston blanc et le reste en noir. Une inversion des conventions toute bête mais lui correspondant plutôt...

Le gamin sortit à ce moment-là de sa réflexion. Son sourire s'agrandit. Il avait décidément toujours du goût en matière de garçon... Euh, de vêtements... Franchement, cela lui allait vraiment bien. Cela montrait sa personnalité sans être trop hors des conventions... Sans doute serait-il difficile de faire mieux. Mais cela se tentait peut-être, à voir. L'aîné écouta le discours du gamin. C'était étrange de voir combien ce gamin lui faisait penser à lui, et à ses folles années, avant Andréa, avant la stabilité la plus évidente, avant d'être sûr d'avoir trouvé le bon. Et le plus triste dans cette histoire, c'était que cet être unique, il n'avait réussi qu'à le détruire. Il espérait que le gamin ne ferait pas ses erreurs. Non, lui ne les ferait pas, tout simplement parce qu'il n'était pas lui, et les situations toujours différentes.


« La tenue est... presque parfaite... »finit-il par dire.

Son dos se décolla enfin du mur, et il s'approcha du gamin.


« Bouge pas, y'a juste deux ou trois trucs à modifier... Je te rends parfait.»

Il se mit face à lui, et attaqua quelques changements, le premier fut de lui ébouriffer gentiment les cheveux. Qu'est-ce que c'était que cette coiffure rangée ? Fichtre ! Ensuite, ses mains allèrent déboutonner le veston, il serait bien mieux ouvert... Enfin, il attrapa son bras droit, remonta sa manche jusqu'à son coude, la repliant méthodiquement, puis répéta la même chose sur la gauche. Là ! C'était exactement ce qu'il fallait. Le peu de changements qu'il fallait. Ni plus, ni moins. Il se recula légèrement pour regarder son travail achevé.

« Sincèrement, là, tu ferais rêver n'importe qui, gamin. Tu te trouves pas bien comme ça ? Ça change, certes, mais j'aurai du mal à faire mieux je pense. »déclara-t-il en revenant se placer à côté de lui, le regardant dans la glace.

Puis il tourna finalement la tête vers le petit brun.


« Et tu sais, ton copain, tu devrais simplement lui parler. Si tu ne veux pas le blesser, fais le vite. Plus tu attends, plus tu lui laisseras croire des choses, plus il interprétera les choses à sa façon. Donne lui tous les éléments pour te comprendre, clairement. Si une relation classique, avec fidélité, niaiserie, et autre romantisme, te sort par les yeux, et que tu préfères profiter de tous les plaisirs qui te sont offerts, ne le laisse pas croire en la première option. Peut-être que tu te feras jeter comme un malpropre, c'est même très probable. Mais il est possible qu'il comprenne. Dans les deux cas, tu éviteras de le faire souffrir inutilement. »expliqua-t-il avec un flegme calme et rassurant.

Il marqua une pause. Docteur love. Bon sang, il devrait demander à prendre le poste de Feulwood. Il chercha à capter le regard de William, alors qu'un sourire en coin reprenait place sur ses lèvres.


« Mais, ce ne sont que les réflexions d'un type qui en as déjà vu d'autres... Pour Docteur Love, t'as Monsieur Feulwood, le psy super canon, moi, je garantie pas de soigner qui que ce soit. Au fait, moi, c'est Fausto, et toi ? A moins que tu préfères que je t'appelle « gamin » pour le restant de tes jours... Ce que je ferai sans doute quand même, cela dit... »reprit-il avec un soupçon de moquerie dans la voix.

Puis signe de sa bienveillance, il voulut tapoter l'épaule du gamin, une façon de dire « t'inquiète, tu vas gérer la fougère ». Un geste spontané. Pas prévu. Et surtout pas prévenu...
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