Sujet: Re: Isaac Newton - Acte II, Scène 1 Mar 10 Jan - 23:33
Il ne le repoussait plus. C'était un énorme soulagement qui envahissait Anoki, plus que ça même, il n'aurait pas vraiment su mettre des mots pour qualifier ce sentiment tellement positif, ce bonheur qui l'envahissait après les doutes, la déception et la peur de l'abandon le plus total. Le soulagement le plus total. Il ne put qu'apprécier lui aussi de sentir le corps de son ami. Ce calme, cette absence de parole. Peut-être se comprenaient-ils vraiment en cet instant, par ce contact, par ce tacite et calme dialogue. Cet échange sans mot, sans doute tellement plus profond que certains discours. Il commençait à comprendre l'intérêt que William semblait porter au langage des corps. Il y voyait des avantages, sans doute bien différents de ceux que l'autre garçon percevait, mais au moins, il y avait un certain échange entre eux, quelque chose. N'était-ce pas l'essentiel ? Il était heureux de sentir sa tête dans son cou, d'entendre ce long gémissement, de sentir sa peau sous ses doigts. Ce bonheur simple lui suffisait, c'était peu, et sans doute que plus de choses l'aurait aussi comblé, mais c'était déjà ça. C'était une sorte d'opportunisme de l'instant. De carpe diem. Une philosophie qu'il comptait bien appliquer à présent. Fini les remords, fini les questions. C'était trop pour trop peu. Ce n'était pas forcément pour lui qu'il voulait changer, mais pour William. Il ne voulait pas être cette coquille vide que de si nombreuses personnes avaient regardé sans voir, il voulait revenir à l'existence, vivre, vivre son sursis sans limite, profiter des quelques années qu'on lui accorderait avant son jugement. Avant sa mort.
Anoki sourit doucement à son baiser. Cela lui ôtait tous ses doutes. C'était drôle de voir son peu de résistance auprès de certaines personnes, de voir qu'une personne pouvait autant influer sur lui, son mental, ses comportements. De façon si rapide, si incontrôlée. Il observait le visage de William, cherchant à deviner ses explications, faisant un énorme effort de compréhension, il ne voulait pas tout interpréter de travers nouveau, pas déclencher un nouvel esclandre. Il eut un sourire rassurant à ses premiers mots, penchant légèrement la tête, comme si ce geste allait permettre à Will de mieux trouver ses mots. Il continuait de caresser délicatement son dos, comme une présence chaleureuse et apaisante. L'indien accueillait son rapprochement naturellement, sans aucune crispation, il savait cela normal avec ce garçon, avec tout autre, il aurait sans doute eu de la réticence, mais là, il apprenait sa façon de penser, et ne justifiait-elle pas ces mouvements ? Ce rapprochement, la main dans ses cheveux, la mains sous ses vêtements. Cette inexorable progression tactile.
Il écoutait. Et il manqua de rire à sa description. Était-ce de lui qu'on parlait ? Et bien, il ne pensait pas être ainsi. Du moins, il ne pensait pas dégager cela. C'était étrange. Il se trouvait lui-même particulièrement banal et inintéressant. Il avait l'impression d'entendre ses propres craintes dans la bouche d'un autre. C'était très déstabilisant... Il ne dit rien. Il voulait avoir toute les cartes en main avant de dire quoi que ce soit, et puis cela avait l'air tellement compliqué pour William de poser des mots sur ses sentiments, sur ses tracas, autant le laisser aller au bout de son raisonnement sans le couper inutilement. Il se contentait donc de froncer, hausser les sourcils, le fixer intensément au fil des mots et alternativement.
Il lui fallut néanmoins un contrôle sur lui-même très fort pour ne pas laisser apparaître son trouble lorsque la main de William s'égara dans une caresse évocatrice, traduisant sans doute très bien ce que ses mots ne savaient décrire. Il se mordit la joue pour garder une contenance. Son torse se crispant, son dos se cambrant un peu précipitamment. Il ne fut pas mécontent de voir la main reprendre un autre chemin, son corps se relâchant alors, dans un léger soupir, à peine audible.
La dernière phrase de son ami le firent frissonner. De joie. De peur. De plaisir. D'angoisse. Tout cela en même temps. Sa déclaration très peu conventionnel confirmait ses attentes. Cela le comblait. Mais dans un même temps, l'idée d'une relation normale le terrorisait. Il n'y était pas vraiment habitué. Et la seule relation -presque- normale qu'il avait eu n'avait pas très bien terminé. Et... Stop. Arrête les questions sans réponse, Anoki.
« Je vois... Et bien je crois que jusqu'à présent tu ne m'as ôté aucune des envies évoquées. »dit-il avec un sourire.
Il essayait de faire un peu d'humour, de faire baisser la tension qui devait peser sur les épaules de son camarade. Tout ce qu'il avait dit était complexe, à énoncer sans doute, mais aussi à réceptionner. Il devait trouver par où commencer. C'était un peu confus dans sa tête à lui aussi.
« Tu sais William... Je ne suis sans doute pas plus brillant que toi... Moi j'ai toujours été fasciné par les garçons qui savent marquer des paniers, courir avec brio, ou faire tout ces choses qui sont pour moi, comme un parcours du combattant ! On est simplement différents... Mais les opposés s'attirent non ? Et puis, on va pouvoir apprendre plein de choses ensemble non ? C'est une bonne chose dans une relation, je crois, l'échange... » tenta-t-il d'une façon un peu hasardeuse.
Il avait beau avoir un panel de vocabulaire riche, des connaissances, une culture poussée, il n'en restait pas un handicapé en matière d'expression sociale et sentimentale. Mais il faut bien essayer pour progresser non ? Il y avait un début à tout. Il avait un sourire un peu timide sur les lèvres. L'inconnu, c'est toujours un peu intimidant.
« Alors... Je pense qu'on pourrait essayer de... De faire tout ce que tu as proposé... Enfin... Moi j'en ai envie... »murmura-t-il doucement.
Oui, il en avait envie. Mais pour lui, cela n'impliquait pas forcément une relation traditionnelle avec toutes ses conventions. Il ne savait pas vraiment ce que c'était. La seule histoire d'amour qu'il avait eu avait été avec un Don Juan chronique, alors, en matière de fidélité, il n'avait pas vraiment d'exigence. Être un couple ? C'était tellement abstrait pour lui. Il voulait juste partager d'heureux moments avec lui, l'étiquette à coller sur cela lui importait peu.
Il déposa un baiser sur ses lèvres. Délicatement. Pour lui, cela scellait l'accord, la naissance d'une relation positive, par vraiment définie. Mais il existait un « nous » dans sa tête. Même s'il était encore très flou et très abstrait. Quelque chose venait de naître. Il décolla ses lèvres, et sourit, avec une certaine sérénité. Sa main libre alla caresser ses cheveux. Ils feraient un bout de chemin ensemble, il en était sûr, ce serait peut-être quelques kilomètres avant un carrefour, ou un périple bien plus long, mais ils marcheraient un peu ensemble.
« Hmm... Je sais pas si tu as vu... Mais pour Noël, il y a un bal d'organisé chaque année.... Et... Tu voudrais y aller avec moi ? … Si tu en as envie hein... Ce pourrait être un.... un début ? »chuchota-t-il un peu hésitant.
Lui qui avait toujours détesté ce genre de manifestations, lui qui l'année précédente avait tout simplement refusé d'y aller... Et le voilà qu'il invitait quelqu'un, c'était totalement nouveau... La prise d'initiative dans ce domaine, ce n'était pas vraiment son fort, mais il pourrait s'y faire !
Spoiler:
Je m'excuse pour le temps de réponse, mais la fatigue et les partiels sont passées par là... Normalement, je devrai pouvoir répondre de façon plus soutenue dès la semaine prochaine !
Sujet: Re: Isaac Newton - Acte II, Scène 1 Sam 14 Jan - 15:40
William guettait un peu anxieusement la réaction de son camarade, incertain encore s’il désirait qu’Anoki accédât à ses désirs ou s’il espérait plutôt qu’il refusât. Il avait l’impression d’avoir dit des bêtises, des choses ridicules et futiles, et, surtout, d’avoir formulé des promesses à mots couverts qu’il n’était pas sûr de pouvoir réellement tenir. Bref, comme à son habitude, il se maudissait d’avoir parlé sans réfléchir.
Bon, déjà, Anoki n’était pas en train de s’enfuir en courant : c’était un bon point. Parce que William était très bien dans les bras du jeune homme et n’avait strictement aucune intention de se décaler. La position lui permettait de déposer la tête sur l’épaule de l’Indien et de lui éviter d’affronter son regard sans paraître trop suspect et il pouvait laisser ses mains vagabonder sur sa peau : rien de plus parfait.
William réprima un soupir de soulagement (pour ne pas avoir l’air trop névrosé) en entendant l’amorce d’Anoki. Et puis, l’Américain avait beau n’être pas très doué avec les mots, il était tout de même capable de comprendre que s’il n’avait rien ôté, c’était que ces envies étaient présentes auparavant et qu’Anoki partageait ses aspirations, au moins confusément. Ou alors il se trompait — comme d’habitude — sur toute la ligne.
La suite, William eut un peu de mal à le croire. Il avait beau prendre beaucoup de plaisir à faire toutes les choses qu’Anoki décrivait — courir, mettre des paniers — et y exceller, il ne pouvait pas les trouver fascinantes et se demandait sincèrement quel intérêt un jeune homme aussi bien éduqué que son camarade pouvait y trouver. Ce n’était pas cela qui offrait de grandes et intéressantes conversations !
Mais il n’allait pas détromper Anoki. Il préférait que le jeune homme le vît comme un Indiana Jones des temps modernes plutôt que comme un skateboarder décérébré et si lui-même était convaincu du contraire, il n’allait pas se tirer une balle dans le pied en faisant valoir ses multiples défauts et ses nombreuses inaptitudes aux yeux du bel Anoki.
En somme, si William rougissait, ce n’était pas tant que les compliments de son camarade, en eux-mêmes, fissent de l’effet, mais bien plutôt parce qu’ils laissaient présager une suite heureuse pour le reste de la réponse et que l’Américain se voyait déjà en train de se disputer autour d’une partie de Monopoly avec Anoki, en tentant de lui faire les yeux doux tandis qu’il subtiliserait ses billets.
Et le jeune homme avait beau s’attendre à la réponse définitive de son camarade, son cœur n’en fit pas moins un bond dans son torse quand il l’entendit énoncée. Anoki. Son petit ami. Son petit ami Anoki. Petit. Ami. Anoki. Tout cela sonnait décidément très, très bien, et William se sentait fébrile comme à son premier rendez-vous, ce qui l’incita à se presser un peu plus encore contre le corps de son petit ami (car Anoki, le saviez-vous, était son petit ami désormais).
Il tendit le cou pour recevoir le baiser du jeune homme et lui adressa un sourire extatique, qui lui donnait l’air un peu déconnecté de la réalité. Mais il était beaucoup trop heureux pour se préoccuper d’avoir l’air ténébreux. Et puis, de toute façon, il n’avait presque jamais l’air ténébreux.
Ce fut alors qu’Anoki lui fit la proposition la plus étrange du monde. William avait beau être parfaitement dénué de complexes et libéré, il avait beau n’avoir pas le moindre problème avec son orientation sexuelle, il vivait malgré tout dans un monde où les garçons n’invitaient pas d’autres garçons au bal. Et si un garçon devait en inviter un autre, c’était lui !
Le jeune homme n’avait pas l’habitude qu’on se montrât plus audacieux que lui et, surtout, il n’avait pas l’habitude d’être celui à qui l’on faisait des propositions. Dans ses relations, il s’en rendait confusément compte à présent, William avait toujours adopté le même rôle : viril, malgré son apparence, protecteur, décideur.
Dans une même situation, d’autres jeunes hommes semblables à lui se fussent sans doute un peu offusqués de la proposition d’Anoki, comme si l’on tentait d’attenter à leur masculinité. Et William aurait cru réagir de la même manière. Mais il était en réalité flatté, un peu intimidé. Et tout impatient. Il se redressa et s’installer à cheval sur les cuisses de son compagnon, pour le regarder dans les yeux.
« Au bal ? »
Il avait répété ces mots avec un peu d’incrédulité. Pour lui, les bals, c’était des manifestations un peu bizarres, auxquelles il ne s’était jamais rendu, quoique de nombreuses jeunes filles, chaque été, eussent tenté de lui tendre des pièges dans les couloirs du lycée pour l’attirer à elles. Il avait peur de ne pas se sentir trop à sa place.
« J’sais pas vraiment danser la valse, j’espère que t’en as conscience. »
Il savait danser plein de choses, mais rien qui impliquât de la musique classique, non par dégoût pour celle-ci, mais simplement parce qu’il lui eût fallu une partenaire féminine pour apprendre. Et les filles n’étaient pas le fort du jeune homme.
« J’ai pas non plus de costume. »
Bref, c’était tous les détails pratiques qui lui traversaient l’esprit en ce moment. Malgré ce qu’il eût pu penser auparavant, la perspective de s’afficher avec son petit ami dans un type de manifestation si profondément hétérosexuel ne le tracassait pas plus que cela. De toute façon, en quelques semaines, il aurait déjà acquis une telle réputation de terreur que personne n’oserait leur faire des remarques.
« ‘Faudra que tu m’apprennes à danser et, euh, à m’habiller, et puis à manger convenablement, et j’essayerai de parler bien, et… »
Dans son esprit, il était un peu l’enfant sauvage qu’Anoki était en train de tirer du fond des bois pour le convertir à la civilisation. Une tâche qui paraissait insurmontable aux yeux de William : preuve en était que ses mains se fussent sagement retirées de la peau d’Anoki pour se triturer les doigts d’un air simultanément nerveux et enthousiaste.
Avec gravité, William posa son regard dans celui d’Anoki et interrogea très sérieusement :
« Tu crois qu’il faudrait que je change de coiffure ? »
Sujet: Re: Isaac Newton - Acte II, Scène 1 Lun 30 Jan - 20:14
L'expressivité de William était assez drôle à voir. Du moins, elle faisait sourire Anoki. Il était si entier dans ses réactions, si francs, si honnête. Il n'était plus vraiment habitué à fréquenter des personnes de ce type... Il faut dire que Vlad -sans doute un des rares garçons qu'il considérait comme un ami depuis déjà quelques temps- n'était pas un modèle de spontanéité. Alors, le contraste était d'autant plus frappant. Dépaysant. Surprenant. Délicieusement surprenant.
Il ne fallait cependant pas avoir peur de voir son espace vital malmené... Et pour dire vrai quand Will s'installa sur ses genoux, sans qu'il ne le sente vraiment venir, il fut quelques secondes un peu mal à l'aise, mais, la gêne laissa place au calme, et à la tendresse. Il lui fallait juste un peu de temps pour s'habituer à ces contacts si rapides, et tellement désordonnés en sens. Nul doute, que si cela avait lui qui avait eu des réflexes surhumains et un peu défensifs, les attaques sensuelles du beau brun se seraient souvent soldées en prises de catch ! Heureusement pour eux, le schéma était inversé ! Il dut juste poser ses mains sur le lit pour pouvoir se placer dans une position un peu plus confortable, se penchant légèrement en arrière. « Oui... Un bal... Plus précisément un bal de Noël... C'est ce qui se fait ici... »répondit-il doucement avec un sourire calme.
Il était amusé de voir les réactions si fortes de son ami... Pardon, de son petit ami. Il n'avait jamais participé à ce genre de manifestations pour être aussi incrédule ? Même Anoki avait réussi à faire cela, même si, cela s'était plus transformé en séance de torture à base de jeune fille excentrique qui n'avait trouvé que lui pour l'accompagné. Il avait en fait passé la soirée assis sur une chaise à boire des jus de fruits... Pas vraiment ce qu'on espère de ce genre de choses. Sans doute pour cela qu'il n'avait jamais répété l'expérience par la suite. Mais cette fois, ce serait différent, il le savait. Ce serait de ces fois qui vous marque à jamais d'un doux bonheur. Il eut un rire à la remarque concernant la valse, un rire amusé, limpide.
« Tu crois vraiment que je sache danser la valse... Pour dire vrai, je ne sais rien danser du tout... »constata-t-il avec amusement.
Même s'il venait d'une famille assez élevée spirituellement, qui lui avait inculqué plein de choses, la valse, il ne savait pas. Ni même la salsa, ni le rock, ni le boogie, ni le tortillage de fesses le plus vulgaire. Pour dire vrai, il ne s'était jamais senti assez à l'aise pour danser, il avait toujours peur de faire un faux pas, de ne pas danser comme il fallait, il ne voulait pas aggraver son cas auprès des autres, alors, il se contentait souvent de taper le rythme d'une musique d'un tapotement de doigts sur sa cuisse en restant assis au fond. C'est sans doute une marque de lâcheté, un manque de confiance aussi. Le fait était là dans tous les cas. Et William aurait fort à faire, ne serait-ce que pour lui arracher un déhanché ! Quoique, c'était Will, il avait un gros avantages sur ses blocages quels qu'ils soient.
La suite fut tout aussi comique. Toutes ces remarques. Il croyait vraiment qu'Anoki était un parfait petit aristocrate ? Non, car, pour dire vrai, il adorait aussi manger ses frites avec les doigts et pouvait engloutir un hamburger en dix secondes chrono... Mais après tout, si William s'imaginait cela...
« Will... On a le temps... Ne t'inquiète pas... Et puis, je pense que ce ne sera pas si formel que cela ! On n'est plus à l'époque des bals aristocratiques... Il faut juste avoir une tenue un peu plus habillée... Après, on dansera sans doute sur les musique à la mode tu sais... »répondit-il à son petit homme paniqué.
Le sérieux du brun était amusant. Pourquoi se mettait-il autant la pression pour une chose si simple ? Changer de coiffure, mais quelle idée... Il était drôle de voir qu'il réagissait comme la fille la plus complexée sur terre. Anoki se redressa un peu, libérant une de ses mains qui alla lui ébouriffer les cheveux, puis alla caresser sa joue.
« N'importe quoi.... Tu es très bien comme ça... Et puis, tu sais sans doute mieux t'habiller que moi, et pour la danse, ce doit être la même chose... J'ai sans doute bien plus de choses que toi à améliorer... Alors, arrête de t'en faire... Tout se passera bien ! Tu feras chavirer le cœur de toutes les personnes présentent ! »déclara-t-il avec un sourire en coin.
Il fit une petite pause. « Et le mien en premier. »
Son sourire s'étira. Non vraiment, il n'y avait rien à changer en William. Il était très bien ainsi même s'il avait du mal à s'en apercevoir. Il fallait juste qu'il oublie ses complexes si nombreux apparemment. Chose assez paradoxale quand on voit son physique charmant, et ses autres qualités.
« Par contre, si tu veux que je sache danser quelque chose... Faudrait que tu commences mon apprentissage dès maintenant... » Il baissa la voix, parlant sur un ton de confidence un peu théâtral. « Il paraît que je suis un cas désespéré, et désespérant à ce niveau. »
Petit rire nerveux, lui aussi avait sa part de complexe à exorciser. Son regard se plongea dans celui de William, semblant dire : « Alors, on s'y met ? Je te suis ! ».
Spoiler:
En fait, le délai de retour a la normale était plutôt de deux semaines... Désolée du manque de timing des prévisions !
Sujet: Re: Isaac Newton - Acte II, Scène 1 Mar 31 Jan - 22:32
William semblait accueillir les remarques rassurantes de son compagnon avec un brin de perplexité, un petit air méfiant, comme s’il soupçonnait Anoki de chercher à l’embobiner. Tout cela lui paraissait trop simple et il y avait un gouffre entre le tableau idyllique que son petit ami lui brossait de leur future soirée et tout ce que William mettait, pour sa part, derrière le mot « bal ».
William flairait un piège quelque part. Mais comme sa capacité à se montrer méfiant et prudent avoisinait le néant, il réfléchissait également avec beaucoup de sérieux aux explications et commentaires de l’Indien et pesait méticuleusement le pour et le contre. Danser sur les musiques à la mode, cela, il pouvait le faire. Mais était-ce bien sûr qu’il n’y aurait pas de valse ?
Et puis, il ne pouvait tout de même pas y aller en jeans et baskets ! Sans doute son air sportif savamment négligé lui allait-il à merveille, mais il avait parfaitement conscience qu’il faudrait pour l’occasion quelque chose de plus formel et il n’avait pas cela dans sa garde-robe. Devrait-il porter une cravate ? Il ne savait même pas faire un nœud de cravate ! Décidément, tout cela s’annonçait bien compliqué.
Et s’il devait prendre en charge l’éducation d’Anoki, en plus, l’affaire prenait un air de mission impossible. Car s’il y avait bien une chose dont William était parfaitement incapable, c’était d’apprendre quoi que ce fût à qui que ce fût. Le sens de la pédagogie était chez lui inexistant, défaut inévitable chez un tempérament aussi intuitif et, en règle générale, ses explications remplissaient un sujet d’obscurités plutôt qu’elles ne l’éclairaient.
Alors, si son regard s’absorba dans celui d’Anoki, ce fut moins par conviction qu’il était à la hauteur du défi à lui proposé que par pur plaisir de spectateur et, doucement, sa joue s’appuyait contre la main de son camarade. William ne réfléchissait pas du tout à la manière d’apprendre la danse à Anoki, ni à la danse qu’il choisirait, et, à vrai dire, il ne pensait pas à grand-chose.
Il lui fallut donc quelques secondes pour se tirer de sa contemplation. Il esquissa une moue d’incertitude et poussa un petit soupir.
« J’sais pas trop quoi t’dire. Suffit de bouger, c’tout. »
A un jeune garçon qui, admiratif de ses talents, lui demandait comment mettre le panier parfait, William était du genre à répondre : « il suffit de lancer le ballon », persuadé qu’il n’y avait pas de meilleure description de sa technique que celle-ci. Si Anoki était un élève désespérant, William était un professeur plus désespérant encore, si bien que leur affaire semblait fort compromise.
Le jeune homme se releva malgré tout, abandonnant les genoux de son petit ami, et se mit à fouiller dans le tiroir de la table de chevet, en quête de son lecteur de musique. Une fois le précieux objet découvert, il l’inséra sans difficulté (miracle) dans l’encoche prévue à cet effet dans le mur et se saisit de sa tablette pour faire une sélection.
Ce fut alors que les choses se compliquèrent. William parcourait les menus en maugréant, naviguait entre les options en râlant, faisait zigzaguer son stylet avec un air contrarié. De temps à autre, une injure lui échappait à voix basse et il reprochait à la tablette toute sorte de choses : mal conçue, pas assez rapide, trop fouillie, pleine de bugs, etc. Bien sûr, il était l’unique responsable de ses difficultés et son impatience d’hyperactif ne l’aidait certes pas à en venir à bout. Il offrait toutefois un spectacle adorable.
Au terme d’une minute entière de combat, il parvint à extirper des murs une musique calme et légèrement mélancolique, un des slows à la mode sans doute. Cela lui paraissait le plus simple pour commencer — plus simple en tout cas que le rock acrobatique. Il attrapa l’une des mains d’Anoki et l’attira contre lui.
Un peu intimidé, il murmura :
« Alors, euh, ‘faut passer tes bras autour de mon cou. Ou alors poser tes mains sur mon torse. Comme tu veux. »
Car, naturellement, William s’attribuait la position masculine. Après tout, c’était lui qui guidait ! Ses mains trouvèrent ainsi naturellement leur place au creux des reins d’Anoki et en profitèrent pour presser un peu plus, avec une sensualité virile, le corps de son compagnon contre le sien. Si ses explications étaient maladroites, son corps n’avait, lui, rien perdu de son habileté.
« Et puis, il s’agit juste de… euh… J’sais pas. Se balancer. Un truc comme ça. »
L’Américain ne cultivait pas exactement l’art des formulations romantiques mais, comme il joignait le geste à la parole, cette dance intime, simple et sans doute un peu stupide à décrire, prenait un air de douceur évocatrice. Le calme et l’évidence des mouvements lui conféraient quelque chose d’apaisant ; mais la pression des mains de William, au bas du dos d’Anoki, l’étreinte de ses bras protecteurs, insufflaient à cette tranquillité une secrète pulsation érotique.
Et si William, dans les danses qu’il connaissait, ne manquait pas de talent, c’était que son assurance légendaire trouvait un terrain entièrement familier sur lequel s’exprimer, où la musique rendait les mots superflus et où le corps pouvait, librement, prendre le contrôle : cette manière de rapprocher les êtres était faite pour lui et il n’était finalement pas étonnant qu’il eût tant de mal à expliquer une chose qui devait lui être si naturelle.
Ses yeux étaient plongés dans ceux d’Anoki et semblaient devoir captiver le regard du jeune homme. Brûlant et profond, celui de William avait échangé son étincelle de curiosité volatile pour une intensité plus grave, plus envoûtante, qui s’accordait mieux à la musique. Ses mains, dans le dos d’Anoki, parfois descendaient très légèrement sur le sommet des fesses du garçon, mais jamais assez pour que la caresse pût paraître vulgaire : c’était une évocation, une invitation, une promesse en quelque sorte, séduisante et fuyante.
William laissa la chanson se développer pendant une minute, puis ses lèvres s’approchèrent de celles de son compagnon et, d’abord, y posèrent un chaste baiser ; puis elles s’entrouvrirent pour approfondir cette nouvelle étreinte et le baiser se fit plus intime, d’une passion lente et chaude qui envahissait l’âme. William n’avait pas réussi pas à se tenir dans le strict domaine de la danse, mais qui pouvait s’en plaindre ?
Sujet: Re: Isaac Newton - Acte II, Scène 1 Ven 3 Fév - 13:53
Se faire une montagne de pas grand chose, voilà ce que faisait William. Ils iraient faire des emplettes ensemble, si possible avec quelqu'un qui s'y connaissait, pour trouver les vêtements adéquats et rien de plus. Ce n'était ni compliqué, ni insurmontable, et puis Anoki savait faire les nœuds de cravate, alors que demander de plus !
Anoki attendait placidement une réponse de sa part concernant son éducation rythmique. S'il ne voulait pas, il trouverait bien quelqu'un d'autre. Il se demandait si Vlad savait danser. Sans doute que oui, mais il avait du mal à voir cet être en train de se déhancher sur une musique langoureuse, allez savoir pourquoi. Nate peut-être... Il savait sans doute danser sur tout un tas de musique étrange et destroy, sans doute pas le genre d'un bal, mais bon, si Will ne pouvait lui enseigner, il fallait trouver des palliatifs.
La réponse de William arracha un rire à l'albinos. Il suffisait de bouger. Avec ça, il allait aller loin.
« Merci d'énoncer une telle évidence très cher, mais je ne pense pas que ça suffise à me transformer en roi de la piste. »plaisanta-t-il gentiment.
Néanmoins, en voyant son petit ami se lever, il se douta qu'il acceptait de lui montrer un peu plus que ce constat un peu facile. L'indien ne se leva pas directement à sa suite, il fallait qu'il étire un peu ses jambes, pas que le poids de son ami ait été énorme, mais c'est suffisant pour engourdir légèrement ses pattes. Cela fait, il se leva en finissant de s'étirer de tout son long. Finalement, leur position n'avait peut-être pas été des plus confortable pour son dos. Mais qu'importait, ils étaient jeunes, cela ne le tuerait pas ! Et puis, il était tellement amusé de voir le brun se battre avec la technologie qu'il en oubliait les petits craquements de son dos.
Non vraiment, le spectacle qu'il offrait était terriblement drôle. On aurait dit un petit enfant impatient, incapable de patienter quelques secondes que le système comprenne ce qu'il voulait. Et plus on est pressé avec ces bêtes, moins on n'essaie de les comprendre, plus elles rament, c'est évident ! Les ordinateurs ont un très grand esprit de contradiction ! Du moins, c'est ce qu'en avait déduit Anoki après des années d'expériences. Du coup, lui, était plus du genre à encourager sa tablette qu'à l'insulter. Chose un peu idiote, mais qui fonctionnait ! Nul doute, les tablettes ont des oreilles !
Mais son ami réussit à faire sortir de tous ces engin une musique douce, calme. Un slow s'il ne se trompait pas. La danse des amoureux par excellence. C'était sans doute un bon début pour qu'il se familiarise avec la danse, et surtout pour qu'il s'accepte en train de danser. L'albinos se laissa entraîné par son cavalier, se collant presque à lui. Il écouta sa consigne, et doucement, ses bras passèrent autour de son cou, pour aller se noueur délicatement autour de celui-ci, jusque là, tout allait bien. Les mains de William lui arrachèrent un frisson en se posant au bas de son dos, leur étreinte s'intensifia. Cette danse était-elle toujours si sensuelle ? Jamais il ne la danserait avec un autre que Will alors ! Parce qu'un tel contact avec quelqu'un d'autre... Non, il ne pourrait pas.
« Se balancer ? »murmura Anoki sans attendre de réponse à cette question.
Il suivit les mouvements de William qui était bien plus clairs. C'était ça « se balancer », il manqua une ou deux fois d'écraser les pieds de son cavalier au départ, mais petit à petit ses mouvements se firent un peu plus souples, et moins maladroits. Oh, bien sûr, il n'avait pas l'aisance de William. Non, ses mouvements transpiraient un certain malaise, l'incertitude de faire les choses comme il fallait, crispant un peu son corps. Mais cela passait. Et puis, les gens n'aurait sans doute d'yeux que pour William le soir même, il fallait juste qu'il ne gâche pas sa prestation, qu'il réussisse à le suivre.
Anoki n'osait pas détourner les yeux de ceux de William, il avait l'air tellement convaincant. C'était déstabilisant un regard aussi profond. Ses mains qui sans brusquerie s'égarait parfois. Vraiment c'était agréable, mais aussi très déstabilisant. Il espérait que Will saurait un peu mieux se contenir pendant le bal, autrement, ce serait compliqué à gérer... Parce que... C'était un peu trop sensuel en public non ? Pas qu'il n'assume pas. Mais... Mais, il n'était pas vraiment habitué à ce qu'on lui montre de l'affection en public.
Oh il ne repoussait pas son cavalier. A vrai dire, il en aurait sans doute été totalement incapable. Comment repousser une chose si agréable ? Mais il réfléchissait. Saurait-il assumer une telle présence devant des dizaines d'yeux rivés sur eux ? C'était tellement différent d'ici dans cette chambre, dans ce cocon protecteur. Il laissa ses lèvres se faire capturer sans résistance. Il répondit sensuellement à sa provocation, jouant de ses lèvres avec taquinerie, et peut-être un peu d'insolence. Peut-être montrait-il qu'il n'était pas si facile que ça à apprivoiser malgré les apparences. Sans doute son inconscient cherchait-il à prouver un minimum de virilité. Le baiser continua donc, peut-être une minute, une longue minute. Puis Anoki reprit possession de ses lèvres, qui s'étirèrent d'un sourire amusé.
« C'est une tradition pour cette danse ce baiser, ou un privilège pour moi ? »souffla-t-il à son oreille, d'une voix légèrement tentatrice. Léger rire.
« Autrement, il faut que je me méfie des gens qui t'inviteraient pour des slows... »
Il faisait ce constat avec amusement, sans vraiment y penser. Sans vraiment en voir les sous-entendus jaloux qu'on pouvait y percevoir, sans voir les possibles insinuations d'infidélité qu'il pouvait suspecter. Lui disait cela avec amusement. Naïvement.
« Enfin du coup, je pense que je me débrouille pas trop mal non ? »
Oh pour le baiser, c'était sans doute très bien, pour la danse, il avait encore l'air un peu crispé....
Sujet: Re: Isaac Newton - Acte II, Scène 1 Sam 4 Fév - 13:25
Bon, William devait bien avouer qu’ordinairement, le slow n’était pas exactement la danse la plus exaltante du monde. Il avait toujours été convaincu qu’il y avait quelque chose dans cette tradition de l’hypnose collective et jamais il n’avait tout à fait saisi l’intérêt de ce balancement placide sur une musique mélancolique aux paroles douteuses. Il faut dire qu’il n’était jamais allé à un bal de fin d’année.
Mais, dans cette chambre, avec Anoki dans ses bras, cette étrange pratique sociale prenait une dimension nouvelle. Bien sûr, la musique était toujours aussi convenue et les pas toujours aussi simplistes mais cela n’empêchait pas le petit cœur du jeune homme de battre vite, bien vite, dans son torse et sa respiration de se faire un peu retenue, comme dans l’attente d’un événement fantastique mais entièrement incompréhensible.
William n’était sans doute pas un très grand romantique, mais enfin, il ne pouvait rester insensible au charme de la situation, à la présence d’un corps blotti contre le sien, aux yeux d’Anoki qui se joignait sous son regard, au dos de son compagnon, dont il sentait la silencieuse énergie sous ses mains. Fort heureusement, William ne réfléchissait pas sur ce qui était en train de se produire : l’eût-il fait, son assurance se fût envolée et il se fût trouvé tout à fait désemparé.
Il se perdit donc dans un baiser, pour achever d’enterrer toute trace d’intelligence et goûter pleinement ce moment exceptionnel. Il fallait peu de choses et c’était sans doute la simplicité de cette tendre et chaste étreinte qui, par dessus tout, le charmait : là, sans les complications artificieuses d’un vrai bal, il trouvait l’authenticité d’une intimité timidement partagée.
Mais les commentaires d’Anoki ne tardèrent pas à réveiller en lui un sentiment d’inconfort. William eût aimé répondre en toute honnêteté à son camarade qu’il n’avait vraiment aucune raison de s’inquiéter de ce qu’il pouvait faire avec les autres garçons, mais aucun mensonge n’eût été plus grand le concernant : garder ses lèvres et ses mains bien en place n’était certainement pas sa première compétence.
L’Américain esquissa un sourire un peu nerveux sans rien répondre. Ses yeux se détournèrent tandis que la musique entrait en sa dernière minute. Il était occupé à se sonder lui-même, dans l’espoir de découvrir au fond de son âme la conviction que, cette fois-ci, il serait entièrement fidèle, maître de son corps et apte à délivrer Anoki de toute inquiétude jalouse.
Mais William se connaissait trop bien pour se faire à lui-même des promesses aussi douteuses. Il avait donné et reçu tant de baisers, et des caresses plus encore, avec de parfaits inconnus parfois, qu’il ne pouvait s’imaginer qu’un slow dansé dans l’intimité d’une chambre pût renverser tout son caractère. Jamais il ne s’était senti aussi honteux de ce tempérament volage.
Les choses devaient-elles être différentes à présent ? Il savait pertinemment que s’il posait la question à Anoki, son petit ami s’empresserait de botter en touche, de lui dire de faire ce qu’il voulait et de se renfermer dans une mélancolie impénétrable. Mais William n’était pas dupe. L’Indien avait beau avoir dit la chose sur le ton de la plaisanterie, il pouvait fort bien y avoir là un fond de vérité.
Alors, que se passerait-il quand — car c’était inévitable — il embrasserait un autre garçon ? Embrasser, encore, ce n’était rien ! Mais il suffisait qu’on lui frôlât la main pour qu’il s’abandonnât. Il pouvait essayer de se maîtriser, bien sûr. Cette éventualité se paraît à ses yeux de tous les signes de la torture, mais enfin, Anoki en valait bien la peine.
La chanson s’acheva et William se détacha, avec délicatesse mais un brin de hâte, de son compagnon. Un immense découragement venait de le saisir devant cette tâche impossible qu’il venait de s’imposer et, à nouveau, il se sentait sale. Mais cette fois-ci, il était impossible d’en rien dire à Anoki : il fallait absolument que son petit ami ignorât ce qui le troublait, car le dire eût été précisément éveiller les doutes que William entendait s’employer à détruire.
Il hocha légèrement la tête à la dernière question du jeune homme.
« C’était très bien. Tu es très bien. »
William ressentait le besoin familier de s’enfuir, de s’enfermer dans un trou noir et de se retrouver seul à seul avec soi-même, pour méditer sur sa situation. La présence d’Anoki, si agréable une minute plus tôt, lui apparaissait maintenant comme une accusation perpétuellement portée contre sa frivolité et s’il voulait conserver un semblant de contenance, il lui était pour l’heure impératif de battre en retraite.
« Ecoute, euh, ‘faut que… euh. J’aille faire. Un truc. Là. Mais… On pourra continuer à s’entraîner plus tard, hein. »
Inventer de fausses excuses et des mensonges pour s’éclipser n’était vraiment pas sa spécialité, mais il espérait qu’Anoki fût suffisamment habitué désormais à ses sautes d’humeur pour ne pas trop se formaliser de ce qui se passait. William passa une main dans ses cheveux, attrapa un blouson, deux ou trois objets sur le bureau, les fourra dans ses poches et entama ses manœuvres vers la sortie.
« On s’revoit bientôt, hein. »
Il esquissa un vague sourire, moitié adressé au mur plutôt qu’à Anoki et disparut de la pièce, sans changer que c’était sa propre chambre qu’il quittait de la sorte. Mais l’introspection ne pouvait attendre et jamais le bonheur ne lui était apparu une entreprise si compliquée.