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| | « Hey dude, you’re sleep-walking. » « …no kidding. » [Esper] | |
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Oh ! This is Vladimir Maleroy 3

•• Messages: 13 •• Pearls: 107
 | Sujet: « Hey dude, you’re sleep-walking. » « …no kidding. » [Esper] Dim 13 Nov - 2:55 | |
| Ah, la nuit… Ses ténèbres altières, peu recommandées, ses profondeurs dites insalubres et son néant lugubre…Un véritable emblème aux envers distordus, parfois répulsifs, souvent amers, mais que certains se targuent d’aimer quand même. Les solitaires la recherchent au titre de leurs élucubrations délétères, s’immergeant dans son silence éphémère, tandis que les amateurs de fantastique y puisent leur imagination atypique dans l’espoir de faire frémir d’horreur leurs interlocuteurs déjà saisis d’effroi, au moyen d’histoires où se mêlent innocents dormeurs, ingénieux tueurs, ainsi que cadavres et fantômes depuis longtemps en froid. D’ailleurs, en parlant de revenant…
Édulcorée, les contours vacillants, la silhouette se mouvait d’un pas régulier, lancinant, en un rythme morbide mais fascinant. Le sol glacial l’indifférait malgré ses pieds nus, et elle poursuivait son itinéraire incertain, dirigée vers une destination qui même d’elle semblait méconnue. Ça lui prenait la tête ; encore un défilé de ce genre, et juré, il causerait sa propre perte. Cependant, alors qu’il se changeait, une pensée, oh toute simple, avait traversé son esprit détraqué. Son haut de pyjama échoua au détour d’un couloir anonyme, où plus tard quelque employé désœuvré le retrouverait en boule, froissé, sans se douter le moins du monde de la virtuosité qu’avait démontré l’ancien mannequin pour aussi rapidement s’en désaper. Il visualisa la longue scène éblouissante, brûlante sous la lumière des spots, surélevée comme pour mieux appuyer le sentiment de supériorité que les mannequins se devaient d’exhaler. En somme, un merveilleux cortège de célébrités à saper. Marchant résolument vers les panneaux blancs séparant le podium des coulisses, il ne prêta aucune attention aux stylistes qui s’écartaient sur son passage, imitant inconsciemment les pans de la Mer Rouge face à Moïse lors de son échappée pour éloigner son peuple du vice. Arrivé à l’interstice permettant de considérer discrètement la salle en arrondi où le public commençait à s’installer, il entrebâilla légèrement le voile qui donnerait un effet particulier par ses virevoltes travaillées à chacune de ses entrées. D’une simple poussée, le mécanisme délivrant la porte de l’amphithéâtre (fortuitement et étrangement déverrouillé, à tout hasard) de son immobilité mécanique s’enclencha, autorisant Vladimir à passer le seuil pour le propulser dans l’immensité spatiale de la salle à l’escalier verrier. Suivant attentivement les notes rythmées de l’introduction que les ingénieurs du son avaient particulièrement soignée (certainement sous la menace d’une coupure nette de leur salaire brandie par un certain Xavier), il se dévoila aux yeux de l’assemblée à la seconde même où l’impatience de cette dernière atteignait un paroxysme émotionnellement inégalé. Ses jambes soutinrent bientôt une cadence synchronisée, son regard hautain se perdant au-delà de la réalité qui l’entourait, à l’instar des conquérants aveuglés par la clarté d’une victoire prochaine qu’ils savaient indéniablement assurée. Étrangement, le podium lui parut bien plus long qu’à l’accoutumée. Vlad entreprit de descendre les marches transparentes d’un pas diligent, complètement inconscient du danger mortel qu’il frôlait à chacune de ses enjambées.
Enfin, le bout du chemin. Finalement, alors qu’il parcourait les derniers mètres d’une démarche nonchalante et sereine, l’inévitable se décida et survint. Ovations. Délectation. Puis, la grande décision : il sauta énergiquement, vigoureusement dans le public, un sourire narquois et moqueur aux lèvres, sans l’ombre d’une hésitation. Son impulsion animée de démence mena l’ancien mannequin à louper magistralement une marche, le menant à une réception des plus épiques et -surtout- ratées : un surprenant mélange alliant la légèreté d’un hippopotame constipé et la grâce d’une patate écrasée. Ceci ajouté à la délicate onomatopée s’étant fait l’honneur d’accompagner ces ingrédients qui, en la circonstance, s’avéraient des plus spécialement adaptés.
*SPLAF*
Discours d’une merveilleuse intensité, auquel notre dormeur officiel, brutalement –et efficacement- réveillé, et pas de la meilleure manière, s’empressa d’apporter une réplique fulgurante et hautement vulgaire.
« -AÏÏÏÏÏÏE !! PUTAIN DE BORDEL DE MERDE ! CA FAIT UN MAL DE CHIEN ! »
Vociféra-t-il bruyamment en se ratatinant par terre, le corps hautement douloureux et les bras enserrant sa tête. Après quelques minutes passées à marmonner, jurer, et autres activités linguistiques peu recommandées par les personnes distinguées, il se redressa, avisant l’environnement dans lequel il était –littéralement- tombé. Bon, à première vue, seuls les fauteuils des gradins avaient été témoins de son vol plané d’un enthousiasme outrageusement dithyrambique. Et des plus ridiculement pathétiques. Il fronça les sourcils, soudainement apathique.
« -Connerie de somnambulisme. »
Néanmoins, l’acuité visuelle propre au personnage qui, en la circonstance, s’approchait davantage d’une forme de cécité, l’avertit non sans cynisme de la présence d’un tiers ayant eu une vue privilégiée de la scène à en croire son emplacement judicieusement choisi, car s’octroyant le luxe de pouvoir évaluer les événements en hauteur avec une certaine suprématie ; une décision certes pas dénuée de pragmatisme…
Dernière édition par Vladimir Maleroy le Lun 14 Nov - 21:09, édité 1 fois |
|  | | Oh ! This is Esper Nollan 4

•• Crédits: Lostfish •• Messages: 63 •• Pearls: 180 •• Ecailles:  | Sujet: Re: « Hey dude, you’re sleep-walking. » « …no kidding. » [Esper] Dim 13 Nov - 11:02 | |
| Okay. Résumons les évènements ayant mené à l'arrivée du blond à moitié nu venant juste de s'étaler lamentablement devant elle - enfin, devant elle... devant l'estrade de l'Amphithéâtre serait plus juste, vu que l'armoire au sommet de la laquelle la NUTS s'était perchée était placée nettement plus sur la droite. Soit dit en passant, tel placement de l'armoire lui offrait une vue des plus attrayantes sur la chute de reins de blondinet, ainsi qu'une vague impression de noir sur le visage. Un tatouage ? Cool. Mais pas pour elle. Elle avait déjà le look fille-trop-vite-grandie-à-moitié-anorexique-alors-qu'elle-se-goinfre-élégamment-aux-repas maitrisé à la perfection, et c'était pas compatible avec les tatouages. Puis, bonne chance pour trouver un tatoueur qui ne soit pas complètement stone - enfin, son cadavre serait stone - au terme des longues heures nécessaires pour finir le seul tatouage dont elle pourrait jamais avoir envie. Et il est parfaitement possible de se goinfrer élégamment. On appelle ça avoir des manières, quoique certains prétendent que ça leur vient naturellement. I call bullshit. And we kinda missed the point, there.Pill. En mode super-égo, cette fois. Et oui, Esper manquait le point. Mais franchement, elle le savait déjà ce qui venait de se passer. C'était la même chose que d'habitude. Raphaëll draguant Léo avant que les trois filles - ou deux filles et un garçon, ou deux garçons et une fille, ou deux garçons qui avaient eu le malheur de naître dans le corps d'une fille et une fille-fille qui se conduisait d'une manière à faire verdir d'envie un fan de Harley-Davidson tant elle se foutait du monde et du reste... bref - n'aillent dormir. Et puis, maladroite jusque dans son sommeil, elle avait trouvé le moyen de se déborder, un exploit en soi, et de se rétamer hors du lit. Elle avait failli se faire choper par Léo en mode lance-flammes, et avait définitivement renoncé au sommeil. Une paire de vieux jeans coupée pour devenir un short très short enfilée sur ses boxers de fille plus tard, une chemise d'homme sur le dos qui n'était maintenue fermée que par deux-trois boutons et rien dessous parce qu'elle n'avait simplement pas assez de "volume" pour perdre son temps à mettre un soutien-gorge et qu'on a jamais vu une dealeuse ou un rat des rues ou une dingue se soucier de pudeur, un vieux casse-tête en bois offert par un de ses bébés de Detroit dans les mains et ses peluches sous le coude, et elle était partie pour la bibliothèque, négligeant au passage la fraîcheur nocturne et l'humidité de l'herbe sous ses pieds nus. De toutes les manières, le froid endormait, et elle voulait se rendormir. Elle voulait juste dormir le plus loin possible de sa chambre. Et si personne ne venait la chercher, c'était bien que les scientifiques devaient approuver d'une manière ou d'une autre son comportement, non ? Ils espèrent peut-être que, maintenant qu'on est partie, la tension sexuelle résiduelle entre Léo et Raphy va trouver un exutoire autre que foutre le feu à notre lit et des champignons dans nos fringues. Du genre, elles vont enfin admettre qu'elles veulent baiser jusqu'à ce que leurs cerveaux respectifs leur coulent par les oreilles.Esper frissonna, et le froid n'y était cette fois pour rien. Maintenant que Pill lui avait montré les images allant avec ses paroles moqueuses - parfois, être quasi-schizophrène était une plaie, pas qu'elle parlerait de Pill à Feulwood pour autant - elle doutait que la bibliothèque suffise. Les livres ne l'apaiseraient pas assez, et un des bibliothécaires était... elle ne voulait simplement pas qu'il la découvre endormie sur une table, surtout vêtue de la sorte. L'Amphithéâtre était devenu la meilleure option. Elle avait ouvert la porte, facilement ( à croire que quelqu'un dans la salle de contrôle comprenait son désir d'éviter la bibliothèque ), et s'était aussitôt dirigée vers l'armoire, jetant difficilement peluches ( le vieil ours et l'agneau presque neuf avaient fait un bruit bizarrement silencieux au contact de la surface se prétendant du bois, lui arrachant un sourire ) et casse-tête ( priant tout du long pour que le puzzle multi-pyramidal tienne le coup, parce que les casse-têtes de cette complexité étaient normalement des objets de collection et qu'elle n'aurait pas eu celui-ci si Joe et Arcas n'étaient pas des génies de la logique et la sculpture, respectivement ) à son sommet. Escalader ce truc, par contre, est d'une facilité à tomber par terre. Peut-être que nos drogues ont foutu notre sens de l'équilibre à l'envers, et que c'est pour ça qu'on se rétame surtout quand on est dans les escaliers ou les couloirs ? C'est juste trop stable pour nous, en fait ! Oh yeah, on est des génies !Et Pill devenait presque... envahissante. Voire bruyante. Quoique pas aussi frustrante que le casse-tête qu'elle s'était mise à essayer de résoudre aussitôt installée sur son armoire, ne levant la tête que lorsque la porte s'était de nouveau ouverte pour laisser passer le blond, déjà torse-nu, paradant comme un paon devant sa basse-cour et finissant par se jeter au bas des marches. Sans surprise, il s'était rétamé. Quoique vu ses hurlements de chien empoisonné par le sang de la brune aux jambes multicolores à force de bleus - et elle s'y connaissait - il devait pas s'y attendre. Le marmonnement avait apporté la réponse. Un foutu somnambule. Z'êtes surs que vous voulez pas lui donner ma place chez les NUTS ? Sûrs ? Fucking God's shit. J'espère juste que ce délire était pas prévu, qu'ils aient un peu peur, dans leur jolie salle pleine de gaz et d'écrans de vidéo-surveillan- Ta gueule Pill. Il sait qu'on est là. Motherfucker, je voulais juste me casser la tête suffisamment pour une bonne nuit de sommeil !_ C'est bon, t'as fini de te bouffer les marches ? Jolie vue, soit-dit en passant. Serait probablement mieux si tu venais pas de vautrer comme une otarie, mais qu'est-ce que j'y connais. Le look torse-nu, c'est parce que tu t'es fais étrangler par ton cordon ombilical dans l'utérus, ou une connerie psycho-pseudo-logique du genre, ou t'es juste un streaker trop timide pour aller jusqu'au bout ? Si c'est le cas, je t'en prie, te soucie pas de moi. La vue est des plus sympathique. Manque un peu de muscle, et les cheveux mériteraient d'être raccourcis, mais c'est probablement parce que le look pseudo-efféminé commence à me taper sur le système. Quoique c'est la première fois que je trouve quelqu'un avec la même coupe que la mienne. T'as bon goût, toi.La jeune femme lança un regard triste à son casse-tête, navrée d'avoir trouvé plus intéressant pour le moment. Elle possédait ce qui était probablement un des objets de logique et réflexion les plus complexes au monde, et elle trouvait le moyen de trouver plus intéressant. Parfois, Pill et le secrets mis à part, elle méritait vraiment sa place chez les NUTS. Tu penses ?Un sourire tordu glissa sur les lèvres d'Esper alors qu'une idée lui traversait l'esprit. Elle pouvait tester ce gars, voir si il méritait son intérêt. Si il le méritait, elle restait. Sinon, elle irait finir sa nuit dans un arbre du Parc, ou elle irait frapper à la porte de Vladimir jusqu'à ce qu'il cède et lui prête son canapé pour la nuit. Le casse-tête vola vers l'albinos à excès mélanique, accompagné d'une voix teintée d'humour et de défi. _ Tiens, cadeau. 56 millions de milliards de milliards de milliards de combinaisons, bonne chance pour trouver la bonne. Tu le casses ou tu oublies de me le rendre, et je te tue. Douloureusement. De quoi te faire regretter de pas être à l'infirmerie, une sonde enfoncée sans anesthésie dans l'urètre. Elle ne plaisantait pas, quoi que l'Otarie ignore probablement ce fait. Pour compenser l'ennui qu'elle sentait déjà commencer à monter, Esper se concentra sur ses peluches, en saisissant une dans chaque main et commençant à les faire bouger à mesure qu'elle récitait la strophe 6 des Chants de Maldoror. Certains trouveront peut-être ce comportement enfantin. Ceux-là ignorent le contenu de la strophe 6, et méritent donc de l'entendre. Ils se rendront vite compte d'une chose : Esper avait peut-être une voix dans sa tête, mais elle était bien assez terrifiante quand elle le souhaitait pour que Pill paraisse un agneau. Quiconque la rencontrait quand elle s'ennuyait vraiment s'en rendait vite compte. Elle était NUTS, dans les deux sens du terme. Entre ses mains, l'agneau devint enfant captif et l'ours usé, râpé, déchiré, Maldoror à la beauté hideuse et l'âme suffisamment maléfique pour s'y épanouir et ne ressentir nul besoin de se mentir sur sa nature profonde. _ On doit laisser pousser ses ongles pendant quinze jours. Oh! comme il est doux d'arracher brutalement de son lit un enfant qui n'a rien encore sur la lèvre supérieure, et, avec les yeux très-ouverts, de faire semblant de passer suavement la main sur son front, en inclinant en arrière ses beaux cheveux! Puis, tout à coup, au moment où il s'y attend le moins, d'enfoncer les ongles longs dans sa poitrine molle, de façon qu'il ne meure pas; car, s'il mourait, on n'aurait pas plus tard l'aspect de ses misères. Ensuite, on boit le sang en léchant les blessures; et, pendant ce temps, qui devrait durer autant que l'éternité dure, l'enfant pleure. Rien n'est si bon que son sang, extrait comme je viens de le dire, et tout chaud encore, si ce ne sont ses larmes, amères comme le sel. Homme, n'as-tu jamais goûté de ton sang, quand par hasard tu t'es coupé le doigt? Comme il est bon, n'est-ce pas; car, il n'a aucun goût. En outre, ne te souviens-tu pas d'avoir un jour, dans tes réflexions lugubres, porté la main, creusée au fond, sur ta figure maladive mouillée par ce qui tombait des yeux; laquelle main ensuite se dirigeait fatalement vers la bouche, qui puisait à longs traits, dans cette coupe, tremblante comme les dents de l'élève qui regarde obliquement celui qui est né pour l'oppresser, les larmes? Comme elles sont bonnes, n'est-ce pas; car, elles ont le goût du vinaigre. On dirait les larmes de celle qui aime le plus; mais, les larmes de l'enfant sont meilleures au palais. Lui, ne trahit pas, ne connaissant pas encore le mal: celle qui aime le plus trahit tôt ou tard... je le devine par analogie, quoique j'ignore ce que c'est que l'amitié, que l'amour (il est probable que je ne les accepterai jamais; du moins, de la part de la race humaine). Donc, puisque ton sang et tes larmes ne te dégoûtent pas, nourris-toi, nourris-toi avec confiance des larmes et du sang de l'adolescent. Bande-lui les yeux, pendant que tu déchireras ses chairs palpitantes; et, après avoir entendu de longues heures ses cris sublimes, semblables aux râles perçants que poussent dans une bataille les gosiers des blessés agonisants, alors, t'ayant écarté comme une avalanche, tu te précipiteras de la chambre voisine, et tu feras semblant d'arriver à son secours. Tu lui délieras les mains, aux nerfs et aux veines gonflées, tu rendras la vue à ses yeux égarés, en te remettant à lécher ses larmes et son sang. Comme alors le repentir est vrai ! L'étincelle divine qui est en nous, et paraît si rarement, se montre; trop tard ! Comme le coeur déborde de pouvoir consoler l'innocent à qui l'on a fait du mal: « Adolescent, qui venez de souffrir des douleurs cruelles, qui donc a pu commettre sur vous un crime que je ne sais de quel nom qualifier! Malheureux que vous êtes! Comme vous devez souffrir! Et si votre mère savait cela, elle ne serait pas plus près de la mort, si abhorrée par les coupables, que je ne le suis maintenant. Hélas! qu'est-ce donc que le bien et le mal! Est-ce une même chose par laquelle nous témoignons avec rage notre impuissance, et la passion d'atteindre à l'infini par les moyens même les plus insensés? Ou bien, sont-ce deux choses différentes? Oui... que ce soit plutôt une même chose... car, sinon, que deviendrai-je au jour du jugement! Adolescent, pardonne-moi; c'est celui qui est devant ta figure noble et sacrée, qui a brise tes os et déchiré les chairs qui pendent à différents endroits de ton corps. Est-ce un délire de ma raison malade, est-ce un instinct secret qui ne dépend pas de mes raisonnements, pareil à celui de l'aigle déchirant sa proie, qui m'a poussé à commettre ce crime; et pourtant, autant que ma victime, je souffrais! Adolescent, pardonne-moi. Une fois sortis de cette vie passagère, je veux que nous soyons entrelacés pendant l'éternité; ne former qu'un seul être, ma bouche collée à ta bouche. Même, de cette manière, ma punition ne sera pas complète. Alors, tu me déchireras, sans jamais t'arrêter, avec les dents et les ongles à la fois. Je parerai mon corps de guirlandes embaumées, pour cet holocauste expiatoire; et nous souffrirons tous les deux, moi, d'être déchiré, toi, de me déchirer... ma bouche collée à ta bouche. O adolescent, aux cheveux blonds, aux yeux si doux, feras-tu maintenant ce que je te conseille? Malgré toi, je veux que tu le fasses, et tu rendras heureuse ma conscience. » Après avoir parlé ainsi, en même temps tu auras fait le mal à un être humain, et tu seras aimé du même être: c'est le bonheur le plus grand que l'on puisse concevoir. Plus tard, tu pourras le mettre à l'hôpital; car, le perclus ne pourra pas gagner sa vie. On t'appellera bon, et les couronnes de laurier et les médailles d'or cacheront tes pieds nus, épars sur la grande tombe, à la figure vieille. O toi, dont je ne veux pas écrire le nom sur cette page qui consacre la sainteté du crime, je sais que ton pardon fut immense comme l'univers. Mais, moi, j'existe encore!Au fil de sa tirade, Esper s'était senti s'animer, une maigre couleur montant à ses joues pâles, ses mains animant les peluches comme deux marionnettes portant haut la bannière du mal et du bien. Si elle n'avait pu se résoudre à déchirer son agneau en peluche, elle n'avait eu aucun remords à enfoncer ses ongles dans le vieil ours, sachant qu'il supporterait tel traitement pendant de longues années encore. Sa voix normalement teintée par l'ennui, la neutralité, et l'humour moqueur de celle qui en sait trop pour préserver ce que les drogues circulant en permanence dans son corps et son cerveau ne détruisent pas de son équilibre mental, remplaçant ce que certains nomment "sain d'esprit" par un réseau d'obsessions et une indifférence sans limites envers les conséquences de ses actes; sa voix donc, était montée et descendue sans problèmes, se répercutant clairement contre les murs et les marches de verre, chaque mot croqué avec délice et chaque intonation rendue à la perfection. Qu'il lui était simple de se mettre dans la peau de Maldoror, manipulant cet adolescent qu'il venait de torturer pour s'assurer de son attachement aveugle ! Elle avait fait de même avec Trinity, gagnant sa haine et son mépris puis inversant la donne avec une confession parfaitement honnête par son contenu, parfaitement fausse par la manière dont elle l'avait prononcé. Elle avait achevé de se l'attacher en lui promettant ce qu'il voulait le plus. Les livres, les mots, la culture, qu'elle avait trouvé moyen d'absorber avec délices où qu'elle se trouve, quand le garçon avait dû lutter pour chaque bribe qu'il avait. Pauvre adolescent naïf, qui pensait qu'Esper compatissait réellement pour son sort, quand ses opinions et goûts changeaient avec autant de constance que les étudiants débarquaient à Fake Pearl. Pas que sa ressemblance occasionnelle avec le Mal incarné la gêne. Elle en était plutôt fière, et cette opinion, au moins, restait inchangée, comme gravée dans le marbre de sa chair pâle veinée du bleu de ses veines chargées de poison. Après tout, Maldoror avait toujours assumé son rôle à la perfection, et ne mentait jamais réellement. Il jouait juste sur ses mots et ses émotions. De qui les scientifiques pensaient-ils donc qu'elle tenait son art de la dichotomie ? De ses parents ? De ses bébés ? La bonne blague ! Esper sauta à bas de son armoire, se recevant habilement et serrant ses peluches contre elle, en un geste que certains interprèteraient comme une défense infantile, d'autres comme de la possessivité, et d'autres encore n'interprèteraient pas, connaissant assez la silhouette dégingandée aussi peu vêtue au final que son vis-à-vis pour savoir qu'elle ne faisait guère que ce qu'elle voulait et n'analysait ses gestes et leur interprétation possible que lorsqu'elle voulait manipuler quelqu'un. Ce n'était encore le cas. Pour l'instant, elle observait le garçon-homme qui tenait son casse-tête sans cligner des yeux, comme un serpent hésitant entre frapper maintenant, frapper plus tard, ou juste faire comme si le crétin d'humain n'était pas là et retourner à sa sieste. | Spoiler: | | |  |
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|  | | Oh ! This is Vladimir Maleroy 3

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 | Sujet: Re: « Hey dude, you’re sleep-walking. » « …no kidding. » [Esper] Ven 23 Déc - 19:42 | |
| Là, il fallait qu’on lui explique. Ou pas, même s’il était limite neurasthénique. Encore le réveil digne des plus spectaculaires descentes de lit –ou en l’occurrence, d’escaliers- pouvait-il passer par la case « flegme et apathie », encore l’avalanche oratoire qui l’accueillit se frayait aisément un chemin non seulement à travers les canyons délicats de ses pavillons d’oreilles, mais atteignait barbarement ses tympans reposés par le sommeil. Pour un peu, à cette brutale et injustifiée offensive, ils auraient contre-attaqué avec fougue et vitalité, s’écriant « A L’HALLALI ! » ; mais ne disposant que d’une position passive, impossible à manœuvrer, ils ne purent qu’être remplis, submergés jusqu’à la lie… Faisant fi de ces déplaisants acouphènes, il entreprit d’en découvrir leur source directe, car non content du fait de passer actuellement pour un gland doué d’un certain dialecte, il préférait largement l’appellation de faîne. Ne s’étant pollué l’esprit d’aucun apriori sur la découverte de la prochaine scène, Vladimir ne s’étonna aucunement en avisant la jeune fille perchée sur l’armoire plus avant, et qui semblait le décortiquer d’un œil peu amène. Encore qu’au niveau de la qualification de cette dernière perception, il ne s’agissait que de la sienne, et beaucoup l’avaient déjà déclarée « peu saine ». Comme s’il en avait quelque chose à carrer qu’elle soit malsaine. Il avait sa petite théorie concernant les gens s’escrimant à vouloir s’immiscer dans des existences autres que la leur : lorsque le local déplaît, on va voir ailleurs. Autrement dit, chacun s’emmerdait astronomiquement dans sa vie, ou avait au fond de soi l’intime conviction de son évidente insignifiance que seuls la fuite ou le déni dévient. Dans le premier cas, il s’agit de se mêler d’affaires qui ne les regardent pas, et dans le second, de se convaincre de la possession d’une éminente supériorité par l’auto-persuasion, la conclusion d’une telle investigation résultant à passer pour un gros con. Deux pertinentes raisons venant s’ajouter à l’intime conviction de Vlad de ne se soucier que de sa personne sans se poser de questions. La douleur brutale de sa chute précédente aidant, les derniers relents de son assoupissement se dispersèrent rapidement, lui permettant d’aviser l’opérationnalité de ses mécaniques corporelles articulées. Il s’appliqua à mouvoir chacun de ses membres lentement, le monde exigeant du mannequinat lui ayant prodigué les automatismes de celui qui a appris à prendre soin de son corps. Bras, coudes, poignets, doigts, mains : pas de ligament retors. Jambes, genoux, chevilles, pieds : aucun faux raccord. Cou, nuque, gorge : qu’ils essayent encore. Parfait. Pour une fois, sa saleté de karma l’avait dispensé d’une de ses intrigues sournoises et alambiquées ayant le don de le plonger dans une irréversible insatisfaction. Bon, les saillies et autres angles des marches étant ce qu’ils sont, leurs marques apparaîtraient sans doute d’ici peu de temps, faisant étalage de leur redoutable précision. Dans les bleus, violets, et plus tard jaunes dans les tons. Subtiles variations auxquelles la jeune fille précédemment remarquée semblait être, au même titre que lui, une adepte confirmée, ses jambes fines et dénudées pouvant aisément en témoigner dans leur fourreau de jean déchiré. Et il s’y connaissait. Ses meubles s’en portaient garants, il n’y avait pas à discuter. Vladimir faisait peu de cas des considérations chromatiques d’ordinaire, et il ne s’agissait pas du rejet borné et puéril d’un monde fantasmé dont il n’avait jamais pu se satisfaire ; non, le manque d’attrait pour une telle matière ancrait ses racines dans le sol stérile de sa perception atrophiée que les stimuli standards indiffère. Effleurant à peine le ras des pâquerettes, la majorité le cataloguait parmi les belles plantes, rares, exotiques et fascinantes. Chacun levait le nez vers la cime sans se soucier de sauter allègrement toutes les branches, humant avidement dans l’expectative d’un parfum onctueusement suave, aux effluves délicieusement entêtantes. S’il avait pu, Vlad leur aurait arraché les yeux ; quittes à adopter une attitude aussi insultante, autant qu’ils se contentent d’une cécité permanente. Nul nez n’avait besoin de fonction oculaire pour s’imprégner des arômes les plus primaires. Et quand bien même ils auraient pris la peine de démêler l’embrouillamini des senteurs altières, un fruit dur, acide, glacial et amer aurait été mis à découvert. En d’autres termes, une arrivée à maturité marquée par un cruel hiver. L’agréable végétal n’avait pas besoin d’épines ; sa physiologie même repoussait hermétiquement, froidement, inconsciemment toute tentative d’offensive, de la plus innocente à la plus mesquine. Un répulsif naturel contre toutes les approches, celles-ci comme s’offusquant de n’être considérées qu’à travers une vitrine. Car le mannequin, bien qu’insolemment fier dans sa tour de verre, ne pouvait que se délecter de la fallacieuse supériorité que les passants à son égard entretenaient, rythmée par leur train-train quotidien, alors que dans les faits, cette suffisance répugnante ne trouvait vérité que dans les pestilences marécageuses et grouillantes des vers de leur imaginaire. * Juge ton prochain, et tu finiras dans une fosse à purin… Un apophtegme digne de nos plus grands contemporains. Pas mal, Vlad, tu seras le penseur de demain.* Tout à son ironie introspective, il ne dut le salut de son occiput qu’aux réflexes conditionnés par une vie de méfiance paranoïaque et acharnée, s’évitant ainsi une déplaisante et douloureuse interaction avec l’OVNI (Objet Volant Non Invité) solide qui était entré dans son atmosphère à une vitesse des plus vives. Le Maleroyen étant une entité extraterrestre réputée pour avoir davantage la tête dans les étoiles que les pieds sur Terre (en même temps fallait le comprendre, c’était pas sa planète), il ne s’offusqua aucunement de cette initiative première, ne faisant donc pas partie de ceux que facilement on irrite ; il ne renvoya donc pas l’objet sur orbite. | Citation: | | _ Tiens, cadeau. 56 millions de milliards de milliards de milliards de combinaisons, bonne chance pour trouver la bonne. Tu le casses ou tu oublies de me le rendre, et je te tue. Douloureusement. De quoi te faire regretter de pas être à l'infirmerie, une sonde enfoncée sans anesthésie dans l'urètre. |
Charmant discours pour une diplomate étrangère. Et parce qu’à défaut d’être carré, son esprit n’avait jamais tourné rond, Vladimir se laissa submerger par sa curiosité coutumière, accordant au casse-tête entre ses mains une attention circulaire. Le challenge s’avérait de taille, aussi gratifia-t-il naturellement l’énigme d’un sourire à la spontanéité légère, son intérêt pour la structure complexe se révélant sur ses traits d’une manière singulièrement sincère. Il entreprit de manier délicatement l’objet, l’observant sous toutes ses coutures, affichant bientôt les transformations d’expression amorcées par l’enclenchement des rouages d’un esprit qui perdure. Ses longs doigts fins manœuvrèrent une pièce de bois dure.
« -Ta possessivité me paraît fondée, mais tes menaces clairement exagérées. Tu as toi-même pris le risque de me balancer cet objet –fascinant au demeurant- que je n’ai pas demandé ; auquel cas, si je le casse, la responsable, ce sera toi, et uniquement toi, déclara-t-il nullement impressionné. Et puis honnêtement, ce serait faire preuve d’une incommensurable stupidité que de prêter une chose à une personne si l’on ne souhaite pas la voir prendre le risque de la briser. Mais sur ce point-là je pense que nous pouvons être rassurés, vu qu’aucun de nous n’est un imbécile, pas vrai ? »
L’ancien mannequin fronça les sourcils avant de se lever toujours sans la regarder, restant concentré sur ce qu’il faisait ; le sol, en plus d’être froid, devenait particulièrement inconfortable, et il n’aimait pas ça. Il se dirigea tranquillement vers une des longues rangées de fauteuils, prenant place dans l’un d’eux sans prendre la peine d’y jeter un œil.
« -Oublier de te le rendre implique plusieurs paramètres qui n’ont pas encore été clarifiés : déjà, tu ne m'as pas fait part d’un délai particulier. Ensuite, dans l’éventualité où tu accepterais de me le laisser sans que tu sois là à me surveiller, tu ne m’as en aucun cas communiqué ton identité, et pour finir… »
Il eut un claquement de langue agacé en constatant que la façon dont il s’y prenait était manifestement erronée, puis releva enfin la tête pour la regarder.
« -…ce serait un comble que de m’impliquer dans une hypothèse où MA mémoire –entre toutes autres choses- faillirait, acheva-t-il d’un ton ironique et amusé. »
Son attention s’accorda momentanément à enfin détailler sa jeune interlocutrice –cheveux noirs, yeux noirs ; deux bons points déjà- qui savait visiblement ce qu’elle voulait. Une qualité rare et qu’il appréciait. Peu de personnes osaient se confronter à lui d’une façon aussi directe, et ce n’était certainement pas pour lui déplaire. Pas de flatteries infectes, pas d’avances de mégères. Et rien que cela le faisait la considérer d’une manière positivement particulière.
Il écouta avec un intérêt grandissant le long monologue auquel elle accorda des acteurs improvisés par le biais de peluches qui ne lui étaient pas sans lui rappeler Bathory, qu’il avait bien évidemment laissé au chaud dans son lit. Enfin, théoriquement parlant. En connaisseur de prestations, il laissa planer un moment de silence avant de commenter. Question de respect.
« -Chants de Maldoror, Strophe 6, statua-t-il simplement, reprenant ses essais, échafaudés durant ce battement. Excellente performance. Vraiment. »
Certains qualifieraient certainement ces propos d’une hypocrisie insultante et forcée en la circonstance, mais rien dans le ton ou l’attitude de Vlad ne laissait entrevoir le moindre doute quant à l’authenticité de ce qu’il avançait. Car comme d’habitude, il disait simplement ce qu’il pensait.
« -Une certaine logique voudrait que tu me reproches de t’apporter une information que tu n’as pas demandée, mais à vrai dire je me fiche pas mal du peu de considération que tu pourras accorder à mon nom. Je m’appelle Vladimir Maleroy, je suis chez les SEER, et j’ai bien l’intention de t’emprunter ce merveilleux objet ; ces données me semblent donc nécessaires si tu souhaites le récupérer avant que je ne vienne moi-même te l’apporter. Question de sens pratique, expliqua-t-il d’une voix platonique. »
L’hostilité de la jeune fille avait glissé sur lui comme l’eau sur la peau d’une otarie ; il ne jouait pas les individus matures et accomplis, il ne cherchait pas non plus à mimer les adultes immondes et compréhensifs. Premièrement parce qu’il s’en tamponnait les chaussettes, deuxièmement parce qu’il n’entreprendrait CERTAINEMENT PAS de dicter sa conduite à autrui avec une attitude de maman désuète, et troisièmement…parce que c’était pas tous les jours qu’il tombait sur quelqu’un d’aussi sympathiquement peu net ! Bref, on en était à la base, et Vlad ne s’efforçait pas de faire table rase. |
|  | | Oh ! This is Esper Nollan 4

•• Crédits: Lostfish •• Messages: 63 •• Pearls: 180 •• Ecailles:  | Sujet: Re: « Hey dude, you’re sleep-walking. » « …no kidding. » [Esper] Lun 26 Déc - 9:53 | |
| L'intrus semblait intéressé par le casse-tête, Esper devait lui accorder ça. Mais elle ne se sentait pas d'humeur charitable, et n'avait aucune envie de se la jouer bavarde. Accueillir quelqu'un par une avalanche de questions était différent; elle voulait simplement des informations. Mais parler juste pour parler, pour remplir le vide, était hors de question. Elle n'avait rien à y gagner.
La manière dont sa menace fut disséquée et écartée manqua la faire changer d'avis. Le raisonnement était froid, concis, ne se perdait pas en considérations inutiles et ne cherchait apparemment ni à la flatter ni à l'insulter. Elle avait bien l'impression que cette remarque sur la mémoire cachait quelque chose, mais elle écarta le doute avec un roulement d'yeux mental. Evidemment que cela cachait quelque chose; tout le monde ici avait quelque chose à cacher. Les mutants cachaient une part non négligeable de leur passé, les scientifiques cachaient leurs intentions, les humains normaux cachaient leur peur des élèves avec lesquels ils interagissaient. Avec plus ou moins de succès, mais l'intention était là, et Esper la considérait comme louable – et hypocrite, mais c'était sans importance.
Au moins, il a le cerveau à l'endroit.
Pill semblait décidée à ne pas en dire plus, et Esper acquiesça dans un soupir avant de se concentrer sur ses peluches et les Chants, se perdant dans le jeu et les intonations ondulantes. Les longues lignes glissaient sur sa langue, entre ses dents, et allaient se perdre dans l'espace et les bandes des caméras. La NUTS ne s'en vexait pas; s'ils assistaient au spectacle, les scientifiques auraient une occasion en or d'élargir leur culture, Vladimir mis à part. Il était déjà cultivé, et elle le jugeait assez intelligent pour combler de lui-même les failles d'une éducation trop axée sur la science.
L'énergumène aussi était cultivé, si la pause qu'il marqua avant de nommer la strophe qu'elle venait de jouer était une quelconque indication. Les paupières de la junkie se plissèrent tandis qu'elle analysait les paroles prononcées avant de se détendre, n'ayant trouvé aucune arrière-pensée. Honnête, en plus de cultivé, concis, en plus de blasé ? Un sourire légèrement carnassier sur les lèvres d'Esper alors qu'elle réalisait qu'elle venait juste de tirer le gros lot, pour disparaître aussitôt que l'alien se fut présenté.
Vladimir.
Ah mais non mais non mais non. Ca va pas marcher, ça. C'est quoi le nom de famille déjà ? Maleroy ? Mal Roy. Mauvais Roi ? Vendu, je peux bosser avec ça.
Sourire froid aux lèvres, Esper desserra l'emprise qu'elle exerçait sur ses peluches depuis qu'elle s'était laissé glisser au sol, indifférente au froid qui transperçait ses vêtements. C'était la nuit; évidemment qu'ils allaient réduire le chauffage au sol. A la place, ses yeux se reportèrent sur celui qui portait le nom de son Infirmier préféré, l'analysant sans ciller. Le prénom était irritant. Mais la personne semblait intéressante. Et il ne prenait pas de pincettes, chose qu'elle appréciait plus que de raison. Quelque chose lui disait que ce type ne mentait jamais et était indifférent aux blessures que ses mots pouvaient infliger. Probablement. Elle ne le connaissait pas. Mais elle voulait en savoir plus. Le blond était un puzzle au même titre que celui qu'elle lui avait lancé, et à défaut de pouvoir jouer avec le second, rien ne l'empêchait d'essayer de résoudre le premier.
Le regard de la NUTS se détacha enfin du SEER qu'elle disséquait mentalement, se posant sur une caméra à laquelle elle tira la langue sans trop savoir pourquoi avant de s'en détacher. Esper soupira et se passa une main dans les cheveux, lasse, puis redressa la tête et fixa Tatouage droit dans les yeux, brusquement résolue.
_ Esper Nollan, NUTS, aussi longtemps que tu me le rends. Je ne suis pas sûre d'être enchantée de vous rencontrer, votre mauvaise Majesté. Ton prénom me dérange. J'ai déjà un Vladimir après tout.
La Texane se moquait de paraître impolie ou arrogante. Au moins, Maleroy ne pourrait pas lui reprocher de ne jamais l'appeler par son nom maintenant qu'il savait ses raisons, et il n'avait aucune raison de se plaindre du surnom qu'elle lui avait attribué. Au moins, elle ne l'avait pas appelé Schtroumpf, et elle lui avait épargné les Drakul, Empaleur et autres. Quoiqu'elle avait bien envie de le rebaptiser Kostya. Konstantin Maleroy. Ca sonnait mieux que Vladimir. Et s'il n'aimait pas, tant pis pour lui. Le sourire d'Esper s'étira, gagnant une once de chaleur. De toute façon, s'il était vexé, il pouvait toujours dégager. Maintenant qu'elle savait comment le trouver, elle n'avait aucune raison de ne pas le convaincre de partir, de sorte qu'elle puisse retourner à sa sieste.
Les faire gazer aurait été une solution parfaite pour résoudre son problème, mais elle n'avait pas exactement envie de brailler sur tous les toits que l'institut était une prison et un centre d'expérimentation. Une fois de temps à autre, pour garder sa réputation de folle à lier, ça passait. Mais tout le temps, sans se demander si c'était vraiment judicieux ? C'était un coup à se retrouver en isolement, coupée de tout, "pour sa propre sécurité". Un sort peu tentant. Etre NUTS la coupait assez du monde comme ça. Ca faisait un moment qu'elle n'avait pas parlé à un MUSE autre que Trinity, et Trinity n'était pas le spécimen le plus intéressant qui soit, même si le potentiel était là.
Pourquoi pas faire la conversation ? Je sais qu'on a pas envie de bavasser, mais si ça peut le faire dégager… Et si ça marche pas, on aura au moins fait passer le temps. Si ça se trouve, ils décideront de nous gazer si ils ont l'impression qu'on s'entend bien.
Les sourcils d'Esper se froncèrent. Elle adorait Pill, mais elle commençait à sérieusement se demander si elle n'était pas en train de virer schizophrène. C'était une voix dans sa tête après tout, et le fait qu'elle l'ait créée de toutes pièces n'excusait pas le fait qu'elle "pensait" comme si elles étaient deux êtres distincts, avec des opinions occasionnellement divergentes. D'un autre côté, penser à tout ça était une perte de temps, parce qu'elle n'avait pas la moindre intention de changer quoi que ce soit à la situation. A la place, Esper se redressa, peluches de nouveau serrées contre elle, et escalada les sièges de sorte à s'avachir dans la rangée derrière le Mal-Nommé, observant la manière dont il essayait de résoudre le problème, avant de se lasser et se redresser, abandonnant ours et agneau derrière elle. Elle avait presque fini son ascension de l'escalier lorsqu'elle se tourna, voix résonnant clairement dans la pièce.
_ T'abordes pas le problème de manière assez globale. Faut penser dans l'espace.
Le plus vite il finissait le problème, le plus vite elle récupérait son casse-tête. Il trouvait la clé de l'énigme, et elle avait la paix. Gagnant-gagnant. Mais en attendant…
La NUTS s'enfonça dans les couloirs, se dirigeant vers les bâtiments des SEER avec un peu d'hésitation. Même dans sa section, elle ne socialisait que quand elle en avait envie, et elle doutait de se souvenir parfaitement de l'itinéraire menant de l'Amphithéâtre aux bâtiments violets. Se mordant la lèvre, préoccupée, Esper tourna à droite et retint un cri de joie à la vue du petit tas de tissu. Victoire !
Reste plus qu'à trouver le chemin du retour.
Tâche complexe s'il en était. Esper mit une vingtaine de minutes avant de retrouver la porte derrière laquelle se dissimulaient peluches et SEER. Le haut de pyjama dans une main, elle se maintint de l'autre aux fauteuils pendant qu'elle descendait les marches, peu désireuse de les descendre sur le ventre – quoique ça aurait été plus rapide.
Quelques fausse alertes plus tard, elle se rasseyait à sa place et laissait tomber le vêtement sur la tête de son propriétaire avant de se ressaisir de ses peluches, les inspectant sous toutes les coutures. Parfait. Elles n'étaient pas abîmées. Le type était au moins doué pour surveiller les doudous des gens. Un talent dont Esper comptait bien abuser à l'avenir. Après tout, il avait une dette envers elle. Elle venait de sauver la moitié de son pyjama. |
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