Sujet: Late snack for an early discussion [ Cassius ] Dim 30 Oct - 22:36
Dans la chambre endormie, minuit venait de passer. Sur les réveils à cristaux liquide, 00:01 clignotait, comme pour rappeler aux trois jeunes filles endormies qu'une nouvelle journée à Fake Pearl venait de s'écouler. Une nouvelle journée de cours et de thérapie, avec des adultes dont il était impossible de savoir s'ils étaient là en connaissance de cause ou non et des élèves qui voyaient tous les élèves du bâtiment rouge et blanc comme des fous dangereux.
Ceci, venant de gens capable de plier la météo à leur humeur, de voir le passé des gens, de changer de forme et d'influencer la matière elle-même. Certes, les résidentes de la chambre A étaient elles aussi dangereuses, mais elles n'avaient pas demandé à l'être. Si l'institut avait été mieux préparé, Raphaëll ne se serait pas réveillé ( réveillée ? Parfois elle doutait ) et n'aurait pas averti Léo, et Esper aurait reçue une dose de produits suffisante pour qu'elle n'émerge pas. Elles ne seraient pas devenues des NUTS, et auraient peut-être fait plus d'efforts pour apprivoiser leurs pouvoirs.
Dans le lit le plus proche de la porte, l'ancienne MUSE remuait dans son sommeil, ses cheveux noirs s'emmêlant plus avant. Les mèches les plus longues trainant dans son dos, le reste s'étalant sur son oreiller. Ses sourcils se froncèrent soudainement, et la mutant se redressa, rampant hors du lit bordé à étrangler quiconque y dormait. Esper considérait ne pas pouvoir bouger une fois couchée comme une mesure de sécurité. Non seulement les scientifiques devraient desserrer l'étreinte des draps s'ils voulaient recommencer à expérimenter sur elle, mais, bordée telle qu'elle l'était, sa maladresse se trouvait mise en veille pour la nuit. Elle pouvait dormir sans tomber du lit, envoyer valser ses couvertures dans les flammes de Léo, et sans se coincer les pieds entre le matelas et le sommier - chose extrêmement douloureuse.
Sortir du lit était, de loin, la chose la plus facile qu'elle aurait à faire au cours du prochain quart d'heure. Se débarrasser de son pyjama - une chemise d'homme piquée à Arty si usée que la trame était visible - ne prit que quelques secondes, et la remplacer par un jupon noir et un long pull de même couleur lui couvrant les mains et glissant sur ses épaules ne nécessitait que quelques minutes, principalement parce qu'il lui fallait s'habiller dans le noir.
L'expérience avait appris à Esper que réveiller ses colocataires était une très, très mauvaise idée. Surtout Léo, qui ne contrôlait pas ses flammes pendant qu'elle dormait. Se faire brûler les cheveux ? Pas cool.
Doucement, la jeune femme entrouvrit la porte du dortoir, vérifiant que la salle commune était vide avant de se glisser hors du bâtiment et se mettre à courir vers les bâtiments annexes. A cette heure-ci, Esper savait qu'elle serait seule dans les cuisines et pourrait se cuisiner un vrai repas pour compenser le fait qu'elle n'ait rien avalé depuis le petit déjeuner. Vraiment, qui avait eu l'idée brillante de mettre le cours de contrôle du pouvoir avant le repas de midi ?
Un crétin doté du sens des affaires qui s'est rendu compte que la majeure partie des élèves préférait aller à l'infirmerie plutôt qu'au réfectoire après deux heures en compagnie de Kellerman.
Amusée, Esper entra la cuisine et se dirigea vers l'aire réservée aux élèves, allumant la lumière et la réglant de telle sorte que la pénombre règne. Se faire attraper par un surveillant ne faisait pas partie de ses projets pour la nuit, après tout. La mutante observa rapidement ce qui l'entourait, enregistrant la manière dont les plans de travail en acier brillaient d'un éclat terne, le ronron du réfrigérateur, la veilleuse indiquant que la chambre froide fonctionnait, le voyant orange des deux fours, les ronds rougeâtres des plaques à induction. Et, surtout, l'absence totale d'être humain autre qu'elle.
_ Je crois que je viens de gagner la révolution. C'est le bonheur.
Enfilant plusieurs paires de gants sur ses mains, Esper se mit au travail. Faire fondre du beurre, faire fondre du chocolat, mélanger avec les noix pilées et la farine, ajouter un peu de sirop d'érable, enfourner. Attraper des choux de Bruxelles, les nettoyer, faire la béchamel et couper les saucisses de Francfort, mélanger dans un plat à gratin et couvrir de fromage, enfourner dans l'autre four. Préparer une soupe au potiron, maïs et flocons de pois chiches. Mécaniques, les gestes de la jeune femme s'enchaînaient, avec des interruptions régulières pour changer de gants. Esper cuisinait toujours trop, et avait pris l'habitude de laisser les restes au frigo. Cela impliquait néanmoins qu'elle change souvent de gants. Elle n'avait pas vraiment envie qu'on lui interdise de venir à la cuisine juste parce qu'elle droguait ses plats. D'autant qu'elle ne faisait pas exprès.
Quoique voir Kellerman et Cecile-regardez-moi-dans-les-yeux-Feulwood complètement pétés serait hilarant...
La sonnerie du four tira la junkie de ses délires semi-sadiques et arracha un grondement à son estomac. Précautionneusement, elle sortit ses plats du four et posa la casserole de soupe sur l'ilot central où le couvert était déjà mis, avant de se détourner pour attraper un pichet d'eau. C'est alors que la maladresse d'Esper la rattrapa. Se prenant les pieds dans une chaise, la jeune femme s'étala de tout son long, le siège tombant en arrière et lui atterrissant dessus avec un bruit sourd, le pichet claquetant sur le sol sol et l'eau se répandant dans la cuisine telle une vague. Léchant au passage une paire de pieds qu'Esper n'avait jusqu'ici pas remarquée.
Sujet: Re: Late snack for an early discussion [ Cassius ] Jeu 22 Mar - 16:54
La chambre était sombre. Seule une petite veilleuse située près de la porte projetait une très légère lumière vert pâle sur un rayon de dix centimètres. Deux sur trois élèves dormaient profondément. Katerina, dans son sommeil, laissait tomber des gouttes d’eau de son bras tendu hors du lit. Le plic-ploc sur la moquette, la lumière de la veilleuse et le bourdonnement dans ses oreilles empêchaient Cassius de trouver le sommeil. Il effleura la tablette qui reposait à son côté pour la énième fois cette nuit. Elle affichait 00 : 10. Il ferma les yeux, s’installa sur son flanc droit et tenta de s’endormir, en vain. Les pensées s’enchaînaient dans son esprit, rendant l’action même de fermer une paupière impossible. Il avait faim. Il avait oublié son paquet de cigarettes au foyer, et s’il n’allait pas le chercher ce soir il aurait disparu au matin. Il ne s’était pas assez dégourdi les jambes pendant la journée et il avait l’impression qu’un millier de fourmis circulaient dans ses jambes. Il avait trop chaud sous cette couverture. Bref, pas question de dormir ce soir.
Le jeune homme s’extirpa de ses draps avec quelque difficulté. En revanche, se débarrasser de son pyjama – un t-shirt délavé et un short léger – pour enfiler des sous-vêtements, un jean, un t-shirt à manches longues et des baskets, ne fut pas une tâche insurmontable, étant donné qu’il gardait ses habits soigneusement rangés dans une commode juste à côté de son lit. Il allait mettre la main sur la poignée lorsque sa camarade, Katerina, remua dans son sommeil, provoquant un jet d’eau qui alla tremper le lit de Cassius. Maintenant, il n’avait vraiment plus aucune raison d’aller se recoucher. Il ouvrit la porte doucement et la referma avec encore plus de précaution.
Lorsqu’il se trouva dans le couloir, il se demanda quelle sanction s’ensuivrait s’il se faisait prendre la nuit hors de sa chambre. Peut-être qu’on envoyait des gens chez les NUTS pour moins que cela. À vrai dire, il se demandait souvent ce qui pouvait valoir à quelqu’un de se faire envoyer dans cette section. Cassius était observateur. Il passait souvent des heures au foyer ou au parc, à étudier le comportement des autres. « Etudier » était un bien grand mot, en vérité, mais cela lui avait tout de même permis de se poser la question : En quoi les NUTS sont-ils si différents des autres ? Il ne fallait pas se voiler la face, la quasi-totalité des étudiants à Fake Pearl en avaient bavé dans la vie, et en conséquence n’étaient pas vraiment bien dans leur tête. Les SEER, par exemple, pour Cassius, paraissaient bien plus barjos que les NUTS. Ces derniers semblaient simplement plus abîmés, plus malmenés.
Ce n’était toutefois qu’une impression, et l’idée que les NUTS étaient dangereux (comme si les autres ne l’étaient pas, eux !) était ancrée dans les têtes, quelque chose d’aussi évident que la mer ou la couleur rouge, ou pourquoi un chat est un chat.
Cassius, égaré dans ses pensées, avait laissé ses pas le guider jusqu’au foyer. Il récupéra son paquet de cigarettes qui traînait sur une table basse, tel qu’il l’avait laissé. Il le mit dans la poche de son jean. Bon, il n’y avait plus qu’à rentrer, à présent. Quelque chose, cependant, le retenait ici, il ne savait dire ce que c’était. L’endroit était silencieux, et on n’y voyait pas grand-chose. C’était une odeur. Une délicieuse odeur de nourriture, pour être plus précis. Ce qui était anormal, si l’on y pensait. Il devait bien y avoir deux ou trois élèves parmi les CATS qui ne pouvaient pas sortir pendant la journée, mais même pour eux, les cuisiniers ne travaillaient pas la nuit. Or, les fourneaux fonctionnaient à plein régime, remarqua Cassius qui s’approchait du réfectoire. Il entrouvrit la porte. La lumière était tamisée, et la pénombre régnait dans la pièce, mais il aperçut tout de même la personne qui était responsable de la fragrance qui se répandait dans l’étage.
C’était une jeune fille vêtue de noir, plutôt maigre. Il l’avait déjà croisée, peut-être même qu’elle lui avait adressé la parole une fois ou deux. Il ne se rappelait pas de son prénom – sa mémoire lui avait joué des tours récemment – mais il était quasiment certain qu’elle se trouvait chez les NUTS. À chaque fois qu’il l’avait vue, dont ce soir-là, elle était complètement shootée. Elle faisait des allers-retours entre la cuisine et la table principale du réfectoire où elle avait déjà déposé un couvert. Cela faisait sourire Cassius, cette attitude lui plaisait. Il était minuit, elle avait faim, elle se préparait un repas de reine. Normal.
Elle semblait toutefois être un peu maladroite : en posant une casserole sur la table, elle se prit les pieds dans une chaise, s’effondra de tout son long sur le sol, et fit tomber une carafe d’eau qui se brisa. L’eau se répandit rapidement sur le carrelage, et atteignit les baskets en toile de Cassius. La jeune fille avait suivi du regard le trajet de l’eau, et lorsque celle-ci vint mouiller les semelles de quelqu’un qu’elle ne connaissait pas, elle releva la tête, et marmonna un juron lorsqu’elle vit le mutant qui jusqu’ici avait essayé de ne pas se faire remarquer. Il leva les deux mains en l’air avec une expression gênée pour lui indiquer qu’il ne comptait pas sonner l’alarme, et se dirigea vers elle. Il dégagea la chaise qui lui était tombée dessus et lui tendit une main pour l’aider à se relever, ce qu’elle fit très bien toute seule. Apparemment, elle n’appréciait pas tellement être touchée. Bon, ça leur faisait un point commun.
Le MUSE ne savait pas vraiment comment agir devant cette fille qui avait apparemment pas mal de substances illicites dans le sang et qui le regardait avec des yeux vides. Il esquissa un demi-sourire. Habituellement, il ne parlait pas pour ne rien dire, mais il se sentait de faire la conversation, ce soir. Aussi dit-il à voix basse à l’intention de la NUTS :
- Ça va, tu t’es pas fait mal ?
Il la jaugea pendant quelques secondes. Son corps était couvert d’ecchymoses. Ce genre d’incidents semblait lui arriver fréquemment.
- Je m’appelle Cassius, lança-t-il sans vraiment savoir pourquoi. Je pense pas qu’on devrait trop traîner ici, le bruit a peut-être alerté des gens. Mais bon, qu’est-ce qu’il pourrait nous arriver, aussi ?